Les agences de notation dans le monde de la finance
Les agences de notation (Fitch, S&P, Moody's,…) sont largement utilisées dans le monde de la finance. Elles facilitent la prise de décision par les analystes, et influent sur le cours en bourse des entreprises notées, ainsi que sur leur accès au crédit et aux différents instruments financiers.
Les agences de notation largement décriées depuis la crise économique.
Le président de l'AMF affirme que "les agences de notation ont une part de responsabilité dans la crise". Cette dérive de pompier pyromane s’explique par :
- le manque de concurrence du marché des agences (seulement trois acteurs de référence au niveau mondial);
- la faible transparence des agences sur leurs méthodes de notation qui empêche les investisseurs de se poser les bonnes questions et d'apprécier eux-mêmes le risque;
- les possibles conflits d'intérêts entre les activités de notation et celles de conseil aux entreprises de ces mêmes agences de notation…
Malgré les améliorations qu'ont apportées les agences de notations à ces problèmes, "elles restent pour la majorité des investisseurs des boîtes noires" selon l'AMF.
Quelles sont les qualités attendues pour une agence de notation ?
- L’objectivité : Les méthodes de notation doivent être rigoureuses, systématiques et pertinentes.
L’indépendance : les agences de rating ne doivent pas être des institutions publiques, ni compter des banques dans leur actionnariat. Cela amènerait des conflits d’intérêt nuisible à un jugement indépendant et objectif.
- La transparence : les notes doivent être accessibles à tous. Cela ne veut pas dire pour autant que l’accès est gratuit.
- L’information du public : cette exigence va de pair avec le devoir de transparence.
- Niveau de ressources suffisant : elle doit disposer des ressources financières et humaines pour mener à bien leurs missions.
- Crédibilité : la crédibilité est le résultat du respect de tous les critères précédents. C’est le niveau de confiance que font les tiers aux agences de notation.
Ces critères sont difficiles à remplir. Cela peut expliquer la prépondérance des trois agences globales.
Le développement de la notation financière, bien que fort prisé par les analystes financiers, présente par ailleurs des effets négatifs, du fait de leur impact sur les décisions de management des entreprises notées. La notation ne vient plus constaté une qualité entrepreuneriale, mais devient un objectif de management. On est loin d'avoir mesuré tous les effets nocifs du pouvoir qu'ont pris les indicateurs de notation sur les dirigeants des entreprises...
L’apparition des agences de notation en responsabilité sociale des entreprises
Fort du succès commercial des agences de notation financières, on assiste depuis quelques années à l'émergence des agences de notation sociale. Vrai besoin ? Ou simplement la volonté de promouvoir une solution pour laquelle le besoin reste à confirmer ? Ou encore un moyen communication permettant d'afficher auprès des consommateurs et partenaires un intérêt pour les questions sociales et de développement durable ?
Ces agences (Oekom en Allemagne, Triodos aux Pays-Bas, Avanzi en Italie, BMJ Ratings et Vigeo en France…) déterminent à partir de différents critères le niveau de responsabilité de l'entreprise, la responsabilité sociale des entreprises en regard du développement durable.
La PI, prochaine cible de la notation ?
On assiste à une pression forte d’un opérateur américain pour déployer en France la notation de brevets. S’appuyant sur un indicateur calculé automatiquement à partir d’un modèle décrit dans les brevets déposés par Patentrating.
Le système Ocean Tomo PatentRatings fournit actuellement une base aux indices actions de la société Ocean Tomo ainsi que des valeurs d’indices de brevet négociables actuellement publiées sur Intellectual Property Exchange International, Inc.
Ocean Tomo, LLC,filiale de Intellectual Capital Merchant Banc dont le siège est à Chicago, a annoncé en juin 2009 la signature d’un protocole de travail avec la Caisse des Dépôts, la banque de développement française, visant à développer le marché des transactions basées sur la propriété intellectuelle.
Le contrat prévoit le lancement, au quatrième trimestre 2009, d’une plate-forme d’évaluations pour tous les brevets européens liés au système Ocean Tomo PatentRatings® existant aux États-Unis.
« Nous prévoyons que cette alliance entre la valeur de la technologie américaine et celle de la technologie européenne s’étendra rapidement pour donner naissance à d’autres partenariats à travers l’Asie, concrétisant ainsi notre vision d’un réseau mondial. Notre partenariat avec la Caisse des Dépôts ne bénéficie pas seulement à Ocean Tomo, mais à chacun de nos clients multinationaux et au monde des affaires en général », a déclaré James E. Malackowski, président-directeur général d’Ocean Tomo.
Que penser de ce projet ?
Sans nier l'intérêt d'une expérimentation en matière de notation de brevets, la transposition pure et simple d'une initiative américaine isolée mérite réflexion.
- Les fondements économétriques du modèle : basé sur un postulat de départ selon laquelle la valeur d'un brevet est corrélée à la durée pendant lequel le titulaire le conserve en vigueur, le modèle st basé, selon la description des brevets Patentrating,sur des combinaisons de paramètres accessibles à partir des bases de données brevets. Plusieurs test pratiqués en France sur des portefeuilles de brevets connus ont donné des résultats mitigés. De plus, le modèle d'exploitation des brevets aux Etats-Unis n'est pas directement transposable en Europe, où le marché et les acteurs de la PI sont plus hétérogènes et fragmentaires.
- Le développement d'un indicateur pris en compte par les financiers risque de se traduire par un pilotage de l'innovation et de la PI non plus par rapport à des finalités industrielles, mais par rapport à l'effet sur la formation d'un score déconnecté de la "vraie vie".
- L'automatisation du calcul du score conduit nécessairement, pour permettre un coût d'élaboration raisonnable, à des approches réductrices. Dès lors,
- soit le modèle de calcul est secret, et les conditions de transparence ne sont pas respectées,
- soit le modèle est transparent, et le rédacteur de brevets comme le responsable PI de l'entreprise déterminera ses choix pour maximiser le score plutôt que pour répondre aux objectifs stratégiques de l'entreprise.
- Le renforcement d'un acteur isolé, sans concurrence par l'offre du marché européen donne un pouvoir considérable à un indicateur américain dont les bénéfices pour l'innovation en Europe sont loin d'avoir été prouvés voire évalués.
En conclusion, il est temps que les industriels, responsables PI et innovateurs s'approprient la réflexion pour éviter d'être placé devant le fait accompli.
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