"REFONDER L’ UNIVERSITÉ DYNAMISER LA RECHERCHE" : le rapport remis au premier ministre par Jean-Yves Le Deaut donne le tournis en proposant de nouvelles "refondations", "changements de systèmes", "renommages" etc.
Faut-il rappeler qu'à la suite du feu d'artifice d'initiatives et d'appels à propositions dans le cadre des investissements d'avenir, les publications internationales venant des chercheurs français ont baissé significativement, sans doute car les meilleurs étaient mobilisés pour remplir des dossiers et participer à une effervescence de comités, groupes de travail etc...
N'étant pas un expert de l'organisation technocratique de la recherche, je me suis plutôt penché sur la partie consacrée à "L’innovation, relais indispensable de la
recherche (page 107 et suivantes).
L'analyse et les propositions me semblent très conformistes. Néanmoins, elles ne mettent pas en cause l'intérêt apporté à la valorisation de la recherche. Quelques extraits (en bleu) :
1) Un enjeu stratégique ... Je propose d’inscrire cette mission de « service à la société » dans la loi.
"ça ne mange pas de pain,mais cela n'aura sans doute aucun effet concret"
2) La fonction de l’innovation : l’innovation pouvait se définir comme «l’industrialisation de l’invention». Cette formule restitue bien, l’une par rapport à l’autre, les positions respectives de la recherche et de l’innovation.
Il faudrait dépasser la seule logique "techno-push". Consacrer toute l'énergie à essayer de trouver à quelle industriel on pourrait bien "fourguer" un résultat scientifique breveté est épuisant et trop souvent décevant. Il faut le faire, mais il faut aussi renforcer la voie "market pull".
L'innovation, c'est avant tout "la capacité à créer de la valeur en apportant quelque chose de nouveau dans le domaine considéré tout en s’assurant que l’appropriation de cette nouveauté se fasse de manière optimale". Dyson, en lançant le ventilateur sans pales, n'a rien inventé (c'est la mise en oeuvre de l'effet Magnus datant du 19ème siècle), mais son produit est perçu comme très innovant. Apple dépense 4 fois moins en R&D que Samsung, mais est perçu comme au moins aussi innovant.
3) L’incitation au transfert : Je propose que cette forme de participation au « service à la société », comme toutes les autres missions des enseignants-chercheurs et des chercheurs, soit prise en compte dans leur évaluation s’ils sont amenés à revenir vers la recherche.
C''est déjà le cas. Et attention aux effets pervers, où l'évaluation prend en compte l'indicateur "extension internationale du brevet" (proposition du MESR) : on va évaluer la capacité du chercheur à convaincre le chargé d'affaire valo de financer un dépôt PCT, et non pas ses qualités de chercheur.
4) La protection de la propriété intellectuelle : C’est pourquoi le brevet communautaire, qui permettra une protection sur le territoire de presque toute l’Union européenne (25 États) pour un coût limité (notamment grâce à l’usage de trois langues seulement : français, allemand, anglais), aura un véritable et de levier sur l’innovation en France et en Europe
L'impact sur les frais de PI n'interviendra qu'au moment de la délivrance du brevet européen, soit 7 ans après le dépôt en moyenne. Et cette partie des frais de gestion d'un portefeuille de brevets ne représente que 10% du budget PI. N'attendons donc pas de miracles budgétaires. Une rationalisation de la gestion et une stratégie affutée de PI aura un effet au moins aussi important sur la maîtrise budgétaire.
5) Le soutien managérial et les SATT : Je propose qu’une SATT et un fonds régional d’amorçage viennent compléter chaque site territorial consolidé de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui permettront à la France de se doter d’une vingtaine d’écosystèmes d’innovation associant pôles de compétitivité, instituts de recherche technologique, IEED, ...
Et hop, un gichet unique de plus... Déjà comme ça, les entreprises industrielles sont perdues (et les chercheurs aussi, de mon expérience de terrain). Sans compter l'énergie consacrée à coordonner tous ces acteurs de la valorisation.
6) Le financement du décollage Dans cette phase de décollage des spin-off, le processus d’innovation donne une bonne illustration du rôle clef joué par la coopération pour atteindre la performance. Alors la spin-off devenue start-up entre dans la « vallée de la mort », cette phase critique qui voit disparaître nombre de projets, généralement au bout de deux ou trois ans. Une partie fait faillite ; une autre fait l’objet d’un rachat étranger. Dans les deux cas, les économies locale et nationale enregistrent un manque à gagner.
Combien d'emplois créés par des start-up ? Beaucoup d'attention est accordée à la création d'entreprise, et c'est très bien.
Mais n'oublions pas la "vieille entreprise innovante", la PME voire ETI qui peut être boostée par un accès pertinent aux résultats de la recherche pour renforcer, péréniser et relancer son marché.
La start-up a tout à bâtir : son innovation, mais aussi son outil de production, son réseau commercial, son marché, son management, etc... La "vieille entreprise" dispose déjà de tout cela, maîtrise son organisation industrielle et commerciale et peut se concentrer sur l'injection d'un peu plus d'innovation.
7) Le crédit impôt recherche C’est pourquoi je propose de définir un statut d’ « entreprise d’innovation et de croissance », qui concernerait, en plus des PME, les entreprises de taille intermédiaire (ETI), c’est à dire d’effectif compris entre 250 et 5000 salariés. Les aides se poursuivraient dans la phase de croissance, une fois l’innovation réussie. En contrepartie, les entreprises s’engageraient à maintenir leur activité en France.
Et un statut de plus ! En réalité, il faut assainir le CIR, sortir de l'effet d'aubaine gavant des boutiques misant sur la faible probabilité d'un contrôle des PME qu'elles parasitent, et du sentiment de tromperie des PME qui se voient réclamer le remboursement du CIR lors de vérification. Il faut que le CIR ne soit pas un exercice d'optimisation fiscale (terme pudique consacré), mais s'inscrive de manière plus naturelle et intégrée dans le management de l'innovation.
Laissons les structures de valorisation se mettre en place, et veillons à ce que chacun fasse au mieux ce qui est son rôle :
- la recherche publique : produire de bons résultats scientifiques, faire progresser la connaissance du monde, en utilisant les "stimulii" industriels pour enrichir leur curiosité intellectuelle
- les industriels : péreniser et renforcer la production de produits et services rencontrant le succès sur leur marché
- et les relations entre les deux permettant aux industriels de bénéficier des avancées des sciences pour anticiper l'évolution de leur offre, et injecter dans leurs politique d'innovation l'accès aux retombés de la recherche.
Jean-Yves Le Deaut était professeur de Biologie. Député de Meurthe et Moselle, il est vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques
et technologiques Rapport_JYLD_vf
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