Société de consommation et PI sont-elles liées ?
Consubstantielle à la société de consommation, la PI accompagne les progrès techniques et les nouveaux modes de consommation.
- La PI trouve sa cohérence dans la société de consommation
L’économie dans les pays industrialisés est fondée sur une croissance permanente des biens et des services pour créer la richesse et l’emploi. Pour cela, il faut satisfaire et même susciter les rêves et désirs des consommateurs. L’innovation technique est un puissant moteur, ainsi que les marques et le design. : nous sommes tous attirés, parfois de manière frénétique, par les nouveautés, par les produits porteurs d’image et d’identités fortes. La PI accompagne ce mouvement : le brevet, la marque, les dessins et modèles et les droits d’auteur confèrent un avantage à ceux qui innovent et créent. Force est de constater que la société de consommation est entraînée par l’innovation et la créativité, et que la PI encourage ces dernières.
- La PI confère une puissance économique aux acteurs les plus efficaces
Les droits de PI renforcent les entreprises les plus actives, ce qui
n’est pas sans susciter des critiques : l’attirance qu’exercent les
grandes marques sur les jeunes ne crée t’elle pas un dépendance pouvant
conduire au surendettement des familles, ou à des tensions en raison de
la frustration occasionnée par l’impossibilité d’acheter les produits
de marques ?
De même, on peut déplorer que les choses ne sont plus achetées
seulement pour leur utilité, mais en grande partie pour leur valeur
émotive ou symbolique.
La PI ne survalorise t’elle pas les entreprises qui tirent leurs
profits de ces comportements ? Mais à l’inverse, ces entreprises ne
font-elles pas vivre de nombreux salariés et sous-traitants grâce à
leur puissance économique ?
- La critique de la société de consommation rejoint celle de la PI
Le consensus concernant l’utilité sociale de l’innovation rencontre
aujourd’hui des oppositions, notamment dans les milieux
altermondialistes. Ceux-ci dénoncent les excès de la société de
consommation, en lui reprochant de :
o Maintenir un idéal de vie fondé sur la consommation de biens matériels ;
o Créer des besoins inutiles, et de la nouveauté permanente pour augmenter la production et maintenir la machine économique ;
o Établir une mythique du pouvoir par les marques ;
o Maintenir la cohésion du corps social, par l'idéologie de la consommation ;
o Contribuer à la domination culturelle des valeurs occidentales sur le monde.
Cette critique s’étend souvent aux droits de PI considérés comme la forme la visible de la société de consommation.
- La critique de l’envahissement par les marques
La marque évolue d’un rôle de « signe d’authenticité et de confiance » à un rôle de « signe d’appartenance sociale ». Le risque de l’exclusion économique (je ne peux pas payer) est réel et constitue une conséquence du pouvoir des marques. Elle entraîne des corollaires tels que la contrefaçon, une façon illicite de concilier l’attirance impérieuse des marques avec un pouvoir d’achat limité ou un goût pour l’interdit, et parfois la violence urbaine ou l’exclusion social dans des communautés scolaires. La marque n’est toutefois que le vecteur apparent de ce phénomène, et il semble vain de vouloir résoudre ce problème en s’attaquant aux marques comme le proposent les mouvements « anti-publicitaires ».
- Le brevet considéré comme le reflet de la société de consommation
La critique de la société de consommation se fait également par le biais des brevets, accusés d’amplifier le déséquilibre entre les pays du Nord, détenteurs selon le mouvement ATTAC de 97% des brevets dans le monde, et les pays du Sud. La contestation est souvent sectorielle : par exemple dans le domaine de l’agriculture, la contestation des brevets est une facette de la contestation des OGM et de la défense des ressources naturelles des pays les moins avancés. Le brevet est incontestablement une composante du système économique sur lequel s’appuie la société de consommation. Mais la remise en cause des brevets ne résoudrait en rien les problèmes de fond qui sont posés.
- La PI, la « meilleure et la pire des choses »
La PI est partie intégrante de la société de consommation : Mais la PI est neutre : elle n’a pas vocation à anticiper de les évolutions de la Société, ni à servir de dérivatif pour des combats idéologiques. Relisons Esope : "…la langue est la meilleure des choses : C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, avec elle on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées... C'est la pire des choses, la mère de tous les débats, la nourrice des procès, la source des guerres, de la calomnie et du mensonge". Ne pourrait-on appliquer cette fable à la PI ?


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