Un monde en mutation : quel avenir pour les conseils en propriété industrielle ?
Un monde en mutation
Nos clients connaissent des mutations : compétition exacerbée par la mondialisation, pression sur les prix et la rentabilité, environnement réglementaire en évolution constante, contestation sociétale de certains modèles économiques. Notre profession est au coeur de ces mutations. Nous sommes les experts de ce qui constitue une part croissante de la valeur des entreprises et le gage de leur pérennité et de leur développement : la propriété intellectuelle.
Nous devons nous adapter pour accompagner au mieux nos clients en préservant l'excellence de notre maîtrise du droit de la propriété intellectuelle, en intégrant les nouvelles dimensions de la propriété intellectuelle. Nous subissons par ailleurs également les conséquences de ces mutations :
- pression sur les prix se traduisant par l'apparition de nouveaux acteurs sur des niches (paiement d'annuités, renouvellement de marques, voire rédaction de brevets et recherche d'antériorités en Inde…),
- déclin de certaines activités du fait du développement des droits supranationaux (travail fourni par des correspondants européens, traductions…).
Cela ouvre des perspectives de nouvelles activités pour les CPI.
Évaluation financière et audit
Les entreprises se préoccupent de plus en plus de connaître la valeur économique des Droits de Propriété Intellectuelle (DPI), afin de les gérer comme les autres actifs économiques. Cette connaissance est utile dans des situations telles que l'acquisition d'une autre entreprise détentrice d'un portefeuille de DPI, l'investissement dans une société titulaire de DPI, l'apport en nature de DPI, un transfert de DPI, notamment pour des raisons fiscales, la vérification périodique de l'efficacité d'une politique de PI et pour les sociétés côtés, l'application du test de dépression prévu dans le cadre des règles IFRS-IAS. Pour l'évaluation financière d'un DPI, il convient certes de maîtriser les méthodes financières. Mais cela n'est pas suffisant : la qualité des droits évalués a une incidence majeure sur leur valorisation.
- Une marque peut avoir une valeur potentielle élevée, au regard des critères financiers. Si elle est susceptible d'être déchue pour défaut d'exploitation, ou si elle a perdu sa capacité à interdire l'utilisation de termes voisins en raison d'une prescription par tolérance, ces risques juridiques devront être pris en compte et conduiront à une valorisation minorée.
- De même pour un brevet dont l'exploitation ne serait possible qu'avec l'autorisation du titulaire d'un brevet antérieur, ou dont la portée ou la validité présenterait des faiblesses
- les savoir-faire, réels biens économiques, ne peuvent être qualifiés de tels que lorsque des mesures de formalisation et de conservation du secret sont effectivement mises en oeuvres.
Seul le CPI a une connaissance suffisamment approfondie des droits français et étrangers pour analyser ces aspects déterminants pour aboutir à une valeur raisonnable et pertinente d'un droit de propriété intellectuelle. Il s'agit d'un pan d'activité important qui s'ouvre pour les CPI, faisant appel au meilleur de leurs compétences traditionnelles, pour une finalité stratégique complétant leurs activités habituelles de constitution et de défense des droits de PI. D'ores et déjà, nombre de confrères interviennent aux cotés des commissaires aux comptes, notamment lorsqu'ils agissent en qualité de commissaire aux apports. Demain, il serait sans doute souhaitable d'organiser le visa conjoint par un CPI et un expert-comptable de rapports d'évaluation, dans le cadre général du renforcement de la sécurité financière.
Intelligence économique
Le rapport CARAYON (disponible sur www.bcarayon-ie.com) sur la façon dont notre pays intègre la fonction d'intelligence économique au sein du monde des entreprises s'inscrit dans une prise de conscience croissante par les entreprises ainsi que par les acteurs publiques de l'importance de l'information concurrentielle. Les CPI sont des acteurs majeurs, souvent sans en prendre conscience : en analysant les brevets des concurrents pour trouver des voies de contournement et d'amélioration, en faisant une surveillance des marques concurrentes, il s'agit d'actions très concrètes d'intelligence économique. Le développement de prestations alliant la maîtrise des sources d'informations en matière de PI, de la capacité à analyser rigoureusement la réalité des forces et faiblesses des DPI des concurrents et l'expérience des stratégies d'exploitation des DPI, le CPI est légitime à figurer parmi les acteurs majeurs des professionnels de l'intelligence économique. Il conviendra d'être vigilant pour que la structuration de ces activités ne laisse pas les CPI en marge.
Management européen des Droits de Propriété Industrielle
Un CPI français est parfaitement légitime à coordonner la constitution, la défense et la valorisation des Droits de Propriété Industrielle sur un plan européen. Plutôt que de subir la pression de concurrents anglais, allemand ou espagnol au motif d'avantages en terme de localisation ou linguistique, nous pouvons faire valoir notre expérience résultant d'un marché local actif et des coûts souvent attractifs au regard des pratiques de nos confrères européens. Pour cela, nous devons avec détermination nous mettre en situation d'agir auprès des Offices des autres pays européens, et de piloter les actions de nos clients sur le territoire européen.
En conclusion
Le monde change profondément, et notre profession n'est pas épargnée. Il nous appartient de profiter de l'importance croissante de la PI dans les activités économiques pour valoriser pleinement l'excellence de notre maîtrise du droit de la PI, en veillant à renforcer notre compréhension de l'économie de l'immatériel qui est en train de se construire.





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