L'année 2007 a été une année de transition pour l'évolution de l'environnement des cabinets de PI : la ratification du Protocole de Londres va affecter l'activité des cabinets tirant une partie substantielle de leurs revenus par les prestations de traduction. Tel grand cabinet parisien admet que 75% de son résultat d'exploitation vient de ces activités, et rares sont ceux qui ont su anticiper cette évolution, pourtant inévitable.
La profession a sans doute fait une erreur tactique en négligeant la négociation avec les pouvoirs publics de contrepartie et s'est enlisée dans des manoeuvres de retardement qui en final s'avèrent non seulement vaines, mais encore lui attirent une image mauvaise auprès des entreprises qui sont pourtant ses premiers clients, ainsi que ses partenaires institutionnels.
L'industrialisation de certaines prestations lucratives par des prestataires nouveaux (paiement d'annuités, renouvellement de marques,...) privent ces cabinets "historiques" d'une autre source de revenus facile. La simplification de certaines formalités et le recours croissant à des procédures internationales renforcent cette tendance remettant en cause le modèle économique des cabinets traditionnels, souvent détenus par des personnes physiques, parfois déjà retraités.
Quels enjeux ?
Les enjeux sont importants et bousculent les habitudes : c'est une opportunité pour ceux qui sauront préparer leur mutation, ou un risque pour ceux qui sont engoncés dans le conformisme.
- Offrir des prestations dont le rapport qualité/prix soit optimisé
Aujourd'hui, les clients sont attentifs à analyser la tarification des services, et à négocier, de plus en plus souvent sous la forme d'appels d'offre. C'est normal, eux même subissant les mêmes contraintes de la part de leurs propres clients.
Pour s'adapter, les cabinets doivent être capables d'investir dans l'informatisation et l'organisation pour réduire le coût des prestations automatisables, tout en préservant la sécurité et le conseil personnalisé; faute de quoi, ils perdent leur compétitivité par rapport à des prestataires spécialisés. Ils doivent également être capables de valoriser le expertise et leur recherche d'excellence, au juste prix.
- Renforcer un positionnement pan-européen
Nos clients sont de plus en plus implantés dans plusieurs pays. Leurs conseils doivent être en mesure de les accompagner dans cette voie, en proposant des services alliant la cohérence d'un traitement harmonisé avec une proximité géographique, dans plusieurs pays européens.
- Renforcer la proximité régionale
En France, la politique d'innovation est de plus en plus animé au niveau de la Région : dynamisme des pôles de compétitivité, implication des conseils régionaux, maillage régional des décideurs.... L'implantation régionale des cabinets de PI constituera donc un enjeu croissant.
- Personnaliser l'offre de service
Les besoins d'une PME en matière de conseil en PI ne sont pas les mêmes que ceux d'un grand groupe disposant d'un service interne, ni celui d'une université ou d'une organisme de recherche publique. Tous ont besoin du même niveau de compétence, d'expertise, de fiabilité et de réactivité. Mais les conseils et l'approche "client" doit être adaptée. L'enjeu sera de concilier l'avantage de la taille avec celui d'une personnalisation de l'offre, par une organisation interne des cabinets prenant en compte cette problématique.
Quelle taille optimale ?
Il se dégage deux tendances :
- les structures de plus de 150 personnes capables d'assurer une stabilité, un pouvoir d'investissement et une capacité de réponse à l'ensemble des besoins de ses clients. Elles devront veiller à ne pas être perçus comme une "usine" en organisant leur offre pour qu'elle soit adaptée aux différents segments de marché : PME, grands comptes, recherche publique,... C'est sans doute la voie de l'avenir pour une part significatif du marché des prestations en PI.
- les micro-structures où un CPI travaille avec des frais de structures très réduits lui permettant de concilier pour un nombre restreit de clients l'excellence et le coût réduit. Cette dimension artisanale convient même à des grands comptes qui trouvent ainsi une voie économique de sous-traitance de prestations de qualité.
Les structures de taille intermédiaires sont pénalisées : trop importantes pour éviter des frais de structure significatifs, mais trop petits pour pouvoir les amortir correctement. De plus les perspectives d'évolution pour les collaborateurs à fort potentiel sont souvent limitées et l'attractivité et la visibilité sont faibles.
Quelles solutions ?
- Contrôle capitalistique
Très majoritairement organisé en société civile, le modèle économique actuel trouve ses limites. Adaptée à des structures artisanales car garante de l'implication des professionnels, cette solution peut poser des problèmes lors de la cessation des activités professionnelles d'un associé, et plus largement pour l'accès des jeunes au contrôle du cabinet. En outre, un associé est toujours prêt à assumer son statut lors de la distribution de dividendes, mais beaucoup moins lorsqu'il s'agit d'investir pour préparer le changement. Ces cabinets vont être confrontés à des difficultés pour s'adapter aux évolutions inévitables. En outre, le problème générationnel va devenir d'autant plus préoccupant qu'il est mal préparé dans la plupart des cabinets français et intervient à une période de transition.
Le contrôle par des capitaux financiers traditionnels est relativement nouveau pour nos métiers. Il présente l'avantage d'une stabilité capitalistique et souvent d'une capacité d'investissement qui sera préciseuse à l'avenir; Cette solution garantit aussi la stabilité des structures et leur capacité de développement. Les impératifs de rentabilité et les pratiques de reporting constituent, si elles restent raisonnables, une incitation à une bonne gestion parfois ignorées par des structures familiales.
- les alliances
On a assisté dans le passé à différents types d'alliance :
- Rachat pur et simple, qui restera sans doute la norme dans une perspective de concentration des
acteurs. BREDEMA que je dirige a pu accélérer sa croissance en rachetant le cabinet SIMONNOT, créé en 1802 qui nous a valu beaucoup de satisfactions tant humaines que professionnelles, puis le cabinet BOUJU DERAMBURE. Plusieurs opérations concernant de petits cabinets français seront semble-t'il annoncées prochainement. - Création de réseaux : certains cabinets de petite taille se sont regroupés tout en conservant leur autonomie, en partageant des locaux et des services communs. Plus récemment, un cabinet régional a créé un "réseau" avec un cabinet unipersonnel parisien. Cette voie prudente mais relativement ambigüe évite les risques d'une fusion (l'ego dans les professions intellectuelles étant souvent un obstacle difficile à surmonter) tout en permettant le partage de moyens.
- Groupements de professionnels : les expériences de création de GIE CPI/avocats n'ont pas été couronnées de succès. La tentative Ores-Thieffry a fait pschitt, une autre impliquant un des premiers cabinets français de CPI avec un des premiers cabinets d'avocats a avorté avant même de voir le jour.
- Création de cabinets supranationaux : cette voie, bien que relativement récente, semble particulièrement prometteuse comme le montre les exemples de la fusion Mark&Clerck avec Lloyd Wise, ou de Bloch avec Gevers. Il est très probable que ce type de rapprochement va se développer en 2008.
En conclusion
"Nous vivons une époque formidable"... En effet, les cabinets de CPI vont se réveiller, sur un marché actif et exigeant. Les rumeurs qui animent le petit milieu de la PI montre si besoin est l'intérêt pour ces questions. Il nous appartiendra à faire preuve d'imagination, de professionnalisme, et de responsabilité pour que les acteurs français de la PI soient puissants et actifs en Europe, et contribuent effectivement au rayonnement de la France et de la langue française dans le domaine de la Propriété Intellectuelle. N'ayons pas peur, et sachons créer entre "anciens et modernes" de la profession un respect et une dynamique qui profitent à tous les acteurs de la PI, quelles que soient leurs sensibilités.



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