Protection par le droit de la PI : rendre inaccessible ce qui est désirable, pour pouvoir en monnayer l’accès
Un droit de propriété intellectuelle est fondamentalement un droit d’interdire :
- interdire l’exploitation d’une solution technique nouvelle et inventive
- interdire l’usage d’un signe d’identification d’un produit ou d’un service
- interdire la reproduction d’une œuvre.
Si l’objet de la protection est attractif, par exemple parce que la solution technique brevetée répond à un besoin ou une envie, cette interdiction crée une tension. Et celui qui désire accéder à l’objet de la protection, malgré la barrière juridique que constitue le droit de PI, est prêt à en payer le prix : c’est toute la logique de la propriété intellectuelle.
Celui qui a créé par son travail, son génie ou sa chance quelque chose de désirable peut en organiser l’inaccessibilité pour la monnayer ensuite auprès de ceux qui souhaite y accéder.
Il existe d’autres voies pour rendre un bien immatériel désirable mais indisponible : c’est le secret, ou encore le contrat entre celui qui détient le bien immatériel qui n’est accessible qu’avec son intervention, et qui le désire.
Valorisation de la PI : rendre désirable ce qui est inaccessible, pour générer des revenus. Les chercheurs découvre l'art de la séduction des industriels
En prolongeant cette réflexion, la valorisation consiste à rendre désirable ce qui est inaccessible parce que protégé par un DPI ou un secret.
C’est la lourde tâche des structures de valorisation de la recherche publique. Elles gèrent des portefeuilles de brevets qui sont fondamentalement des droits d’interdire, et doivent s’évertuer à convaincre des industrielles que les inventions correspondantes sont désirables, et ce de manière suffisante pour verser des contreparties significatives à la levée de l’interdiction. Cela nécessite un art subtil de la séduction.
Pas facile d’identifier un partenaire dont l’envie n’existe pas au départ, de lui présenter une invention dont la première caractéristique est d’être inaccessible sans l’accord de celui qui la présente, et de faire « monter le désir » pour amener ce partenaire à s’intéresser suffisamment à cette invention inaccessible pour le décider à en payer le prix.
Mais les ressort de cette forme de séduction sont vieilles comme le monde, même si l’application au marketing technologique est plus récente. Le dynamisme des politiques de PI des organismes de recherche publique tels que le CEA et le CNRS, mais aussi l'INSERM, l'Institut Pasteur, l'INRA et les universités montre la parfaite prise de conscience de l'intérêt des jeux de séduction entre la recherche académique et les acteurs industriels. Mais les déceptions sont fréquentes, lorsque cet art est mal maîtrisé. Et les stratégies d'approche sont subtiles : comment exciter l'intérêt d'un partenaire industriel sans tout dévoiler, et garder un bon équilibre entre une prudente réserve et une réelle stimulation ? Les grands négociateurs et spécialistes du licensing, notamment les conseils en propriété industrielle sont bien rodés à cet exercice.
Economie libre : rendre accessible ce qui est désirable et rendre désirable ce qui est accessible, pour une large diffusion
Toujours dans cette logique, l’économie libre vise à supprimer ce qui pourrait rendre juridiquement inaccessible des biens immatériels désirables. Le caractère immatériel supprime déjà l’essentiel des barrières « physiques » qui pouvaient limiter l’accès à un bien. Les barrières juridiques sont les seuls obstacles qui subsistent pour empêcher un accès sans limites à tout ce qui est désirable.
Le problème est toutefois qu’il est alors bien difficile de créer de la valeur pour celui qui est à l’origine de ce bien immatériel. L’argument de la grande diffusion compensant la modération des prix, ou du paiement volontaire par celui qui apprécie tout particulièrement ce bien, n’a pas fait ses preuves pour l’instant, mais à simplement prouver que ce modèle pouvait être destructeur du modèle traditionnel de valorisation par la négociation de droits de PI.



Ben dis donc, si toutes les chargées d'affaire valo venaient nous présenter leurs projets dans la tenue de l'image de ton post, c'est sur qu'on craquerait plus souvent et que les organismes de recherche feraient un bon dans le classement de Shangai ! C'est quand, le prochain congrès CURIE pour que je m'inscrive ?
Rédigé par: Ouah, vive la valo | 27 février 2008 à 14:54