Renforcer le rayonnement des conseils en PI français : une question de statuts ou d'évolution de l'offre de services ?
Conforter le rayonnement des professionnels français de la PI constitue un objectif fédérateur. Pour cela, quelques axes de réflexion peuvent être approfondis. Ils ne sont pas liés au mode d'exercice du métier de CPI : ne nous trompons pas d'objectif en nous obstinant dans des constructions statutaires qui n'apportent pas de réponse aux vrais enjeux. Changer de statut en conservant un statu quo en matière d'exercice de notre métier ne résoud rien. Et pour faire évoluer l'exercice de notre métier, nul besoin de réformes statutaires.
Renforcer la dimension stratégique des prestations
Les entreprises, tant PME que grands groupes, attendent de leur conseil non seulement une expertise forte en matière de constitution et de défense des droits de PI, mais de plus en plus une approche stratégique. C'est le cas en matière de brevets, où le Conseil doit prendre en compte la réflexion sur l'opportunité des dépôts et de la conservation des brevets, mais aussi sur la gestion du savoir-faire par le secret plutôt que le brevet, l'organisation optimale des portefeuilles par la constitution de grappes cohérentes et la limitation des dépenses affectées à des brevets non stratégiques, ainsi que des démarches telles que l'analyse des brevets des concurrents pour stimuler l'innovation.
Ce même objectif se retrouve dans le domaine des marques et des modèles : optimisation des portefeuilles de marques pour optimiser le ratio "pertinence juridique et stratégique/coût", la gestion préventive des questions de marques et modèles, l'anticipation des risques, organisation des relations entre le marketing et le juridique...
De manière plus globale, le Conseil en PI doit accompagner l'entreprise dans le management de sa PI en relation avec sa politique d'innovation, de créativité et de consolidation de ses positions concurrentielles dans ces différentes dimensions économiques, commerciales, humaines et bien sur juridiques.
Intégration et coordination de services
Sans doute certaines entreprises souhaitent le "one stop shopping", mais c'est loin d'être une demande généralisée. Dans la situation actuelle, le CPI intervient comme intégrateur en constituant en cas de besoin un binôme avec un avocat avec lequel il partage une connivence intellectuelle pour challenger avec lui les arguments. Ce mode de partenariat a prouvé son efficacité et n'entraîne pas de surcoût significatif par rapport à la situation à l'étranger, hormis peut-être pour des affaires de peu d'enjeux financiers. Pour ces dernières, sans doute la possibilité pour les CPI de co-plaider constituerait la bonne solution. Rappelons d'ailleurs que les entreprises ne s'étonnent pas que l'avocat agisse comme intégrateur en choisissant ou proposant un avoué ou un postulant ni que leur CPI intègre les services de correspondants étrangers, voire de prestataires en matière de paiement d'annuités, de renouvellement de marques ou de recherches de marques. le "one stop shopping" n'implique donc pas de transformer nos cabinets en couteaux suisses multicompétences intégrées.
Conquérir des parts de marché supplémentaires pour les dépôts de brevets européens et de marques et modèles communautaires
Seulement 3% des demandes de brevets européens sont traités par des mandataires français. Il faut faire progresser ce chiffre, non seulement pour augmenter le chiffre d'affaires de la profession mais aussi pour conserver et augmenter l'expérience des professionnels français en matière de procédures d'examen et d'opposition. Il en est de même en matière de dépôts de marques et modèles communautaires. Sans doute un des moyens sera de construire des cabinets paneuropéens pour attirer les dépôts provenant de non-européens, mais aussi pour conforter les cabinets français auprès des sociétés industrielles implantées dans plusieurs pays.
Adaptation et personnalisation des offres de service aux différents segments de marché
Un autre enjeu est l'adaptation d'une offre aux différents segments de marchés : le besoin de qualité est constant; par contre le mode de relation du CPI avec le service PI d'un grand groupe est différent de celui avec un dirigeant de PME, avec un déposant étranger, avec start-up technologique, ou avec un service de valorisation d'un organisme de recherche public. Sans doute est-il possible de mieux structurer les offres de services pour tenir compte des spécificités de ces différents segments de marché et répondre pleinement aux attentes de ces différents types de client.
Investissement dans l'informatisation des tâches et des work-flow
L'évolution des outils informatiques, le développement des accès en ligne des offices en PI incitent à investir dans le développement des outils informatiques en vue d'automatiser des tâches et réduire le coût de certains traitements. Le gain de productivité permettra de renforcer les prestations stratégiques, que les entreprises devront accepter de payer à leur juste prix. Cette informatisation doit également conduire à une plus grande fluidité des échanges entre clients, cabinets et offices.
Pour atteindre ces objectifs, l'absorption de la profession de CPI par celle d'avocats est-elle la solution ?
Personnellement, je ne le pense pas. Dans ce contexte, l'AG du 13 mai est prématurée car les positions des avocats et des CPI restent radicalement éloignées, et à haut risque:
- Si le "non" l'emporte, la déception de nombre de CPI attirés par l'accès au statut d'avocat sera profonde; ils se sentiront lésés et garderont sans doute une rancoeur tenace contre leurs confrères qui les ont privés de cette opportunité. Cela constituera aussi un désaveu injuste de tout ceux qui se sont investis souvent avec passion et conviction à cette cause jusqu'à en faire une affaire personnelle, mais qu'ils n'ont pas su faire partager leur point de vue par leurs mandants et confrères. Les divisions internes occasionnées à l'occasion de ce dossier seront longues à cicatriser et la Profession sera durablement affaiblie.
- Si le "oui" l'emporte, l'ambiguité se prolongera : les représentants des deux professions concernées négocieront, chacun avec des mandats impératifs comportant des réserves opposées. Ils ne pourront qu'acter des divergences entre les réserves impératives, ou les bafouer, ce qui renforcera la défiance entre eux et leurs mandants. Si malgré cela, la profession de CPI était intégrée dans celle d'avocats, le groupe "d'avocats spécialisés en PI" serait dès le départ affaibli par les divisions entre avocats "de souche" considérant les nouveaux confrères ex-CPI comme des imposteurs, et il est peu probable que dans ces conditions, cette absorption contribue à l'objectif de renforcer la puissance des acteurs français.
Un brin d'optimisme :
- Les réactions vives après l'adoption par le CNB du rapport TUFFREAU II durci et les communications maladroites dans la Tribune et le journal de l'UJA ont ouvert des espaces de discussion et de débat certes virulents et passionnés mais qui permettent de mieux comprendre les arguments de chacun. La soirée de l'AACEIPI a été exemplaire en permettant à chaque sensibilité d'exprimer son point de vue, dans le respect des personnes et l'affirmation d'un attachement commun à des fondamentaux tels que la qualité de la PI, l'ambition européenne et l'énergie des différents professionnels. Cette réunion n'a pas permis de rapprocher les points de vue, mais au moins de clarifier les positions et les oppositions et de confronter les opinions publiquement. Ces débats ont aussi conduit à sortir d'une gestion "paternaliste" voire autiste du dossier, et a une réelle prise en compte des arguments sérieux exprimés par les différents intéressés.
- Si le statu quo s'impose, il faudra travailler activement à reconstruire l'unité au sein des CPI et avec leurs partenaires sur des sujets fédérateurs, et la passion qui anime tous les participants aux différentes réunions et forum permet d'espérer que nous saurons nous retrouver sur de tels sujets. Ces débats auront aussi permis de prendre mieux conscience de l'intérêt de la complémentarité entre avocats et CPI, et des qualités de nos statuts respectifs.Ce statu quo n'est pas l'immobilisme, et devra s'inscrire dans une dynamique (élargissement du périmètre d'exercice, droit de co-plaider,...)
- Si l'absorption l'emporte à terme, l'énergie des professionnels permettra de dépasser les inconvénients d'une telle fusion : j'ai l'expérience personnelle de la gestion d'une fusion ratée à laquelle non seulement on survit, mais qui in fine permet de construire un projet solide ;-)
Une telle situation entraînerait sans doute à court terme peu de changement : les CPI continueront à exercer leur métier comme aujourd'hui, en partenariat avec des avocats "de souche" pour le contentieux. A moyen terme sans doute, les effets seront des regroupements entre différents types de cabinet et une dilution des professionnels de la PI.
Mais en tout état de cause, une telle issue ne pourra bafouer des principes essentiels :
- l'accès à la profession doit rester abordable pour les jeunes ingénieurs et ces derniers ne peuvent être écartés des discussions car ils sont les premiers concernés.
- la formation doit rester concentrer sur le droit de la PI et les droits connexes sans dispersion inutile. La qualité de l'expertise en PI doit être au plus haut niveau international, avec une charge de travail raisonnable pour un jeune ayant déjà un parcours scientifique supérieur à celui de beaucoup d'agents de brevets étrangers.
- la fluidité du passage entre exercice libéral et exercice en entreprise doit être totalement préservée
- une telle fusion est incompatible avec le maintien du dogme de l'uniformité de la profession d'avocat. Si elle devait aboutir, elle implique l'acceptation sincère d'une évolution majeure vers une spécialisation de certains "avocats" de formation hybride qui se cantonneront dans une spécialité, même si leur statut leur confère une compétence théoriquement universelle.
En tout état de cause, l'objectif premier est de reconstruire l'unité de tous les acteurs français autour d'une vision renouvelée de nos métiers. Cela implique une grande délicatesse et la renonciation à des postures arrogantes. Une partie de la profession ne pourra pas gagner sur l'autre partie. Ce serait un échec collectif. Soyons vigilant pour que le rapprochement avocat/CPI ne devienne pas pour les professionnels de la PI la pomme de discorde qui avait semé le trouble parmi les déesses grecques lors des noces de Thétis et de Pélée et qui déclencha la guerre de Troie !


@ AG
Vos inquiétudes sur l'attitude de la chancellerie sont légitimes. La lettre de Mme Fombeur met d'abord en lumière ce que j'avais été le premier à écrire sur ce blog: le CNB exige bien un pré-CAPA pour tous, même s'il pourrait être aménagé avec quelques options de PI. Vous vous souvenez tous des "manœuvres" du bureau de la cncpi, avec l'involontaire complicité de Mme Longuet, pour soutenir que le CNB ne l'avait pas exigé. Passons...
Il est donc clair aujourd'hui que les "fiancés" ne disent pas "OUI" au même contrat, ce qui est tout de même fâcheux.
Heureusement, ce n'est pas la chancellerie qui dit le droit, mais le parlement, et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les avocats ne resteront pas inactifs.
A cet égard, j'ai entendu le président Derambure, mercredi dernier, affirmer qu'il reviendrait devant l'assemblée de la cncpi pour lui soumettre le texte "définitif" (pré-projet de loi?). Il ne s'agit au mieux, que d'un vœu pieu.
En effet, à supposer même que cet avant projet soit conforme à ses souhaits (et donc clairement non conforme à celui des avocats), une fois lancée la machine législative, nul ne sait ce qu'il en sortirait puisque tout groupe parlementaire pourrait faire adopter un amendement technique restaurant le pré-CAPA fâcheusement oublié.
Ayez confiance...
Bien à vous.
Emmanuel Larere
Rédigé par:Emmanuel Larere | le 12 mai 2008 à 21:37
Ni-avocat, ni-CPI, je me permets d'interférer au débat car je suis peut-être concerné. En effet, actuellement doctorant, j'envisage de poursuivre dans la PI en tant qu'ingénieur brevet dans un cabinet dans un premier temps puis d'intégrer en cursus accéleré l'incontournable CEIPI.
Mais ce projet m'a clairement refroidi et remis en cause mon futur projet professionnel. Je ne me vois pas avec un doctorat (bac+8) m'engager pour des études longues et risquées d'avocat, pour au final, exercer une activité fortement technique.
Mais je pense que le match est perdu d'avance: entre des avocats que le projet indiffère et l'aubaine pour les CPI d'obtenir instantanément le statut d'avocat! Les seuls que cela pourrait géner sont les aspirants CPI (comme moi!) qui ne votent pas et ne sont même pas consultés. Bref, je ne me fais pas d'illusion sur l'issue de la fusion.
Et je pense comme beaucoup ici, l'effet néfaste sur le long terme est d'assécher les profils tecniques au sein de la filière alors qu'une expertise scientifique est à mes yeux indispensable aux CPI.
A quelle date le projet sera (ou non) entériné?
Rédigé par:aspirant CPI | le 12 mai 2008 à 17:16
Quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi on fait voter sur des conditions impératives dont on sait qu'elles sont en contradiction avec les réserves imposées par les avocats ? Pour le plaisir de voir lequel des négociateurs va trahir son mandat ? Pour le plaisir de les envoyer au casse-pipe ? Pour faire supporter par l'autre les conséquences d'un échec ? Aucune de ces raisons ne me satisfait, mais malheureusement je n'en trouve pas d'autre... Et ce qui m'inquiète aussi, c'est la lettre de Mme FOMBEUR qui explique froidement qu'elle s'assied sans scrupule sur les exigences de la commission formation. Demain, il est probable qu'elle fera de même pour des exigences des CPI.
Rédigé par:AG | le 09 mai 2008 à 16:20
@ "CE QUE PERSONNE NE DIT"
LOL
Très bon Post au vitriol comme on les aime, n'hésitez pas à reposter, ça fait du bien aux zygomatiques (Même si au fond on a plutôt envie se faire harakiri.)
La génération de Mai2008 est décidément une génération sacrifiée...
Rédigé par:La génération de 68 a brulé la voiture de Papa et maintenant ils veulent bruler celles des Enfant | le 09 mai 2008 à 10:31
Dans sa lettre, Madame Pascale Fombeur dit "un accord aurait été trouvé sur les objectifs (de la fusion) à atteindre". Mais quels objectifs ? Si un objectif crédible a été trouvé, faites le connaître, de grace !
Vu sur le site de l'aspi : M. Quintard a indiqué que "la nouvelle organisation de la profession permettra de déposer et faire déposer davantage de brevets en France, et une meilleure compétitivité de la filière PI française au plan international".
Certes, ces objectifs sont louables. Mais en quoi la transformation des CPI en "avocats entrés par la petite porte" conduirait à déposer et faire déposer davantage de brevets ? En quoi cela apportera une meilleure compétitivité de la filière française ?
Ces propos relèvent de l'incantation et de la méconnaissance de la PI.
Rédigé par:@Madame Fombeur et Monsieur Quintard | le 08 mai 2008 à 22:37
@ CE QUE PERSONNE NE DIT
Votre commentaire est bien savoureux! Je partage beaucoup de ceque vous dites, mais pas tout.
- Vos critiques au CEIPI me paraissent injustes. C'est vrai, certains intervenants sont mauvais, mais beaucoups sont bons et certains excellents. Certaines séances de TP restent parmi les meilleurs souvenirs de ma longue carrière d'étudiant.
- Pour l'avenir, vous noircissez un peu trop le tableau.
Cette fusion est contre nature: la nature va donc reprendre ses droits et remplir le vide laissé par les CPI en engendrant une "profession BIS".
Tot ou tard, les dépôts à l'INPI seront liberalisés (c'est ce que disent les "ouistes"): alors les mandataires européens pourront s'installer à leur compte et faire tout ce que font les CPI actuellement...avec moins de contraintes déontologiques. Il existe aussi une échappatoire légale pour leur permettre de donner des consultations! (Pour les détails, voire le manifeste du non).
Tot ou tard, la profession (non officielle) de "conseil en brevets" va renaitre des cendres de la CNCPI...Bien sûr, la PI en France aura pris 30 ans de retard! Mais on ne marie pas impunément les carpes et les lapins...
PS: En ce qui vous concerne, avec votre plan en deux parties et deux sous-parties, je vous vois tout à fait prêt pour devenir avocat ;-)
Rédigé par:Mandataire en colère | le 08 mai 2008 à 21:42
Je trouve que toute cette histoire donne lieu à beaucoup trop de polémiques, pour un résultat dont je n'espère rien.
Le statut d'avocat, aussi respectable soit-il, ne m'excite pas plus que cela. Peut être ce statut peut répondre à un besoin de reconnaissance sociale de certains.
Mais pourquoi diable ce changement de statut constituerait un progrès pour les CPI ? En quoi cela améliorerait le rayonnement des spécialistes français de la PI ? Avec la meilleure volonté du monde, je n'ai toujours pas compris et croyez bien que ce n'est pas par crainte du changement. Si un changement est bénéfique, allons-y. Mais aujourd'hui, les difficultés potentielles d'accès à la profession par mes jeunes collègues ingénieurs est la seule conséquence incontestable d'une éventuelle fusion, ainsi peut être que le niveau de ma retraite (mais vous penserez que je suis égoïste et que je fais partie d'une catégorie trop minoritaire pour être prise en compte).
Rédigé par:Grand Père critique | le 08 mai 2008 à 19:48
J'observe que Pierre BREESE a été le premier a réagir vivement au vote du CNB, à un moment où le Président Derambure se répandait dans la presse pour saluer le vote par le CNB d'un projet pourtant catastrophique pour les jeunes de la profession.
Pierre BREESE a aussi interpelé sur son blog l'INPI en ce qui concerne l'organisation de l'EQF, et le lendemain le Bureau de la CNCPI a repris cette initiative. Résultat (je ne sais pas s'il y a lien de cause à effet, mais j'observe la concordance de ces faits) : les dates sont fixées. Sans doute le fait que Pierre BREESE compte plusieurs collaborateurs concernés l'a incité à soutenir cette demande.
Aujourd'hui, j'observe que la plupart des critiques développées sur ce blog sont reprises dans les réserves impératives énoncées dans le projet de résolution proposé par le Bureau de la CNCPI. Ne nous plaignons pas que le Président Derambure ait pris en compte ces réserves, mais restons plus que jamais vigilants : tout peut encore arriver, et le vote du 13 mai ne m'inspire pas confiance compte tenu de l'ambiguité de la situation.
Rédigé par:Mandataire candidat EQF | le 08 mai 2008 à 15:17
CE QUE PERSONNE NE DIT, par un mandataire dans grand cabinet parisien.
La PI est au service de l’innovation et de la compétitivité française. Les inventions proviennent de l’industrie. Les praticiens qui y exercent s’évertuent à rassembler et mettre en forme les inventions protégeables. Les cabinets viennent en second, irrigués de ces mêmes éléments et dont ils font leur activité. Dans ces deux milieux, les soutiers de la PI sont les jeunes. Les luttes corporatistes vont-elles oublier en route ce qui les fait vivre, et en tout premier lieu : LES JEUNES ? Si les formations actuelles présentent des lacunes certaines (I), il y à fort à craindre un assèchement total de la filière PI si la fusion aboutit (II)
1 - UN CEIPI A REVISER DE FOND EN COMBLE
La formation du Ceipi 1 souffre de lacunes certaines (A) et on peut craindre le pire pour la version suivante (B)
A – UN CEIPI 1 ANACHRONIQUE
Le Ceipi 1 : la formation dispensée au Ceipi 1 est très mauvaise, anachronique. Quelques rares intervenants sont très bons, mais la plupart du temps imbuvables d’arrogance. Une bonne partie vient les mains dans les poches (on s’en doute, pour la petite mention sur la carte de visite). Certains cours sont purement et simplement plagiés sur les mémentos Dalloz (un comble pour un cursus de PI). D’autres sont rigoureusement incompréhensibles (à l’image du délire de la promo sur ce poly truffé de phrases interrogatives à double négation). Hormis la semaine EQE qui est excellente, les cours de PCT et de procédure EP, en particulier, sont catastrophiques et reconnus comme tels par des générations entières de Ceipistes. La différence est flagrante avec les professeurs de droit de l’Université qui, de façon pratiquement constante, dispensent des cours clairs et utiles. Les programmes sont ubuesques : par exemple, 30 minutes de cours sur le logiciel durant toute l’année s’il vous plaît. Une inculture crasse en marques, dessins et modèles. Ceipi « brevets » d’accord mais à ce point là, c’est indigne (une demi-journée serait trop demander ?). Aucun support non plus en matière d’exploitation des droits de propriété intellectuels. Pas plus que le moindre vernis en fiscalité, qui est quand même un aspect majeur. Enfin, pour terminer, les examens du Ceipi tiennent plus du reverse engineering de l’examen lui-même (optimisation du gain de points à l’image de celui de l’EQE) qu’ils n’évaluent la compétence réellement utile en PI (communiquer, expliquer, convaincre, chercher, réviser …). Tout cela pour dire qu’on peut être plus que sceptique sur un Ceipi à la sauce 2. Remarque en passant : quand va-t-on injecter un peu de concurrence et abolir ce monopole parfaitement anormal du Ceipi sur la formation de la PI en France ???
B – UN CEIPI 2 DONT ON PEUT CRAINDRE LE PIRE
Le Ceipi 2 : faites donc seulement un sondage auprès des personnes qui sont dans la place. Combien seront prêts à revenir à Strasbourg ? Une semaine par mois durant un an, c’est un effort (familial, personnel, professionnel) QU’ON NE FAIT QU’UNE FOIS DANS SA VIE. Et alors là on lit, suivant le projet : un an au Ceipi 2. A Strasbourg. Encore. IEJ, Ecole d’avocat : Strasbourg encore et encore ! Et un, ou deux, ou trois ans de plus. Quelle escroquerie intellectuelle ! Déménager avec femme et enfants, rêvez rêvez rêvez… Cette question est fondamentale. Personne n’a pris la mesure de cette question BASIQUE. Qui est parfaitement rédhibitoire !!! Avec même une poignée d’Alsaciens surmotivés, combien réussiront ? Pour mémoire, le TAUX D’ECHEC AU CEIPI 1 EST DE PLUS DE DE 1 SUR 4 ! Hé oui, une bonne vingtaine de réinscrits sur un effectif de 70. Ma bonne dame, que voulez vous, le niveau baisse… Oui, oui. Ou alors, hypothèse saugrenue : on vire le maximum de gens pour avoir par suite des résultats excellents à l’EQE. C’est la stratégie des établissements défaillants sur la pédagogie, confer les « grands » lycées parisiens. On recycle la vieille méthode pourrie. Question : que sera le taux de réussite au Ceipi 2 pour présenter des taux de réussite présentables au CRFPA/CAPA ? Quel est le flux prévu à l’arrivée ? 10 survivants ?
2 – LES EFFETS PREVISIBLES DE LA FUSION
A – LES EFFETS IMMEDIATS
Premier effet kisscool : le jeune de 23 ans qui sort d’école voit le joli programme concocté par des personnes qui ne PASSENT PAS ELLES-MEMES LES EXAMENS : http://www.cncpi.fr/fckupload/File/synthese_cursus_formation_examen__07_03_08.pdf Réaction du jeune : il part faire de la finance. Ou il part à l’étranger. Le jeune thésard qui approche de la trentaine : il zappe directement. Dommage : plus de soutiers dans les cabinets ! Bon, on sous-traite la rédaction comme on peut ; la qualité est immonde mais c’est tellement le bordel, il faut bien continuer le business. Heureusement, pour le moment l’industrie ne voit rien. Alors on fait de la publicité pour motiver les petits nouveaux. On les paye un peu plus … Oui mais se faire coller au Ceipi 1 et/ou se faire coller au Ceipi 2 et/ou repasser éventuellement l’EQE à plusieurs reprises, ça arrive (il y a des nuls on vous dit) … quand on a déjà fait 5/2 ou pire travaillé avant de faire de la PI : on arrive à BIEN PLUS QUE BAC+11. On est à BAC + 15 AU MOINS. Ce constat et ce calcul tout le monde le fait et la réaction primaire (et salutaire) c’est : sauve-qui-peut !
Deuxième effet kisscool : les personnes dans la place (CEIPI, EQE) vont … attendre un peu. Hein, on est adulte, on en a déjà bien assez souffert, à massacrer soirées, week ends et congés. On s’est démené pour financer, convaincre les employeurs… Alors emmener les enfants à Strasbourg : pas si vite. Et puis je gagne ma vie COMMENT moi ? Et ma femme, elle fait quoi ? Et on va rechanger les règles du jeu dans combien de temps ? Tant pis, je suis trop vieux, j’abandonne.
B – LES EFFETS A LONG TERME
Troisième effet kisscool : les effectifs ont fondu comme neige au soleil. Les vieux partent à la retraite, les jeunes ne viennent plus à la profession. Trop long, trop dur, il y a mieux ailleurs. Une poignée de personnes s’est éclatée contre le mur et le bouche à oreille est atroce. Quelques-uns ont réussi, ils font la loi, règnent en maître sur un business global qui s’est fait laminer. Ils ne sortent même pas gagnants. Tiens, hasard, on retrouve dans ce cercle les quelques personnes qui étaient déjà tout près de passer la porte… Pour les grandes masses, comme la filière est infaisable, plus personne en France ne passe le BEPC pardon les CEIPI (1 comme le 2), désormais squelettiques et destinés aux suicidaires. Ils ne préparent finalement que très mal à l’EQE. Justement l’EQE : quelques irréductibles continuent peu ou prou de le présenter mais c’est pour partir aussitôt ailleurs en Europe où on ne les considèrera pas comme des sous-qualifiés. L’EQE en France est en effet devenu le BAC dévalorisé d’une profession fantôme. De son côté, indépendamment du coq gaulois, l’OEB a grand besoin de fantassins ; c’est bien joli un taux de 22% mais à force il y a plus beaucoup de candidats (à part des allemands et des anglais) ! Chinois indiens et américains déposent à tout va, alors on ouvre grand les vannes ! Viendez, viendez à l’EQE les petits frenchies !!! On a besoin de vous pour faire de « souper-patentes pour toi ». En France, on panique : il faut dé-fusionner. Oui mais c’est trop tard. Carpes et lapins ont engendré quelques bêtes hybrides et monstrueuses. Les Avocats se sont rassasiés des toutes petites parts de marché des CPI : ils ont bricolé des rédactions à la chaîne avec des indiens, des sous-soutiers (des ingénieurs stagiaires). Ils ont vassalisé les CPI. L’industrie quant à elle a renoncé depuis un moment : faute de personnes pouvant effectuer des allers-retours cabinet-industrie, seuls les moins bons se retrouvent en entreprise, à faire de l’animation brevets (il faut aller chercher les inventions). Et les supermans « avocats-CPI » sont bien trop chers. Et rares : ils claquent comme des mouches, épuisés qu’ils sont. Crises cardiaques en rafales. Faute de “privilège”, entre autres paramètres, l’industrie diminue (encore plus) ses activités PI en France. De toute façon, comme plus personne n’évangélise, il n’y en a plus d’inventions !
Quatrième effet kisscool : le jeune qui sort d’école à 23 ans en 2012, il voit ça : http://www.cncpi.fr/fckupload/File/synthese_cursus_formation_examen__07_03_08.pdf Il est super bon, courageux, intéressé et ambitieux. Il fait quoi le jeune ? IL VA A LA FAC DE DROIT. Et il éclate ces juristes à la noix, au passage. En France, les bons étudiants font des sciences pas du droit ! Faire son droit reste bien plus facile et intéressant que les bi-Ceipi mal faits et difficiles et que cet EQE infaisable. Le jeune, s’il n’est pas trop con de surcroît, il fait son droit aux US et il bidouille les passerelles vers les barreaux français s’il tient à rester sur le vieux continent.
Effet kisscool final : la technologie est tellement complexe désormais que plus personne n’y comprend plus rien. Les survivants de la PI sont des bêtes à concours qui ont ingéré des doses massives de droit mais qui ne comprennent absolument plus rien à la technologie. Les industriels doivent alors réinventer une nouvelle propriété industrielle. Pratiquable dans une vie humaine. Mais cela est une autre histoire.
BILAN DU MATCH : Avocats 3 – CPIs 0
NON A CETTE FUSION CATASTROPHIQUE !
Rédigé par: | le 08 mai 2008 à 14:12
Ne confondons pas l'objectif (mieux servir les entreprises, développer la profession) et le moyen.
Il eut fallu procéder par étapes :
-lister les moyens possibles au service de l'objectif (a : rapprochement avec les avocats : interpro, fusion mais aussi cumul, voie trop oubliée, b : offre renforcée dans les domaines de l'évaluation financière des titres et savoir-faire, du traitement de l'information technique et économique brevet, optimisation fiscale sur le crédit impôt recherche notamment, accompagnement financier centré sur la PI pour les projets européens etc... c : autres moyens). Ces différents moyens ne sont pas nécessairement exclusifs : ils peuvent selon certaines combinaisons être cumulatifs, voire synergiques.
-évaluer les différents moyens en faisant appel à une société de sondage, pour formaliser les besoins réels, actuels et futurs, des clients (que nous "intuitons" surtout en ce moment)
-segmenter les marchés actuels et émergents pour les CPI, en lien avec le sondage (diférents segments avec différents besoins clients)
-évaluer les moyens les plus pertinents
-faire voter par les CPI le choix des moyens
Au lieu de cela un moyen a été retenu arbitrairement : la fusion, et "en avant".
On est loin d'une démarche scientifique ou simplement "rationelle", bien que la profession compte de nombreux ingénieurs.
Voyons le bon côté : les professionnels de la PI sont aussi des êtres de passion et ne sont pas déssèchés par leur métier !
Rédigé par:Objectif | le 08 mai 2008 à 13:46
Pourquoi vouloir imposer une vision manichéenne ? Je suis d'accord avec vous M. Breesé et j'ai l'impression que le bureau fait preuve de plus en plus d'écoute pour prendre en compte les arguments qui sont exposés sur les différents blogs.
Oui, une rupture brutale laisserait des séquelles profondes. Oui, la fusion a pu séduire mais les esprits ne semblent pas suffisamment prêts, ni du coté avocats, ni du coté CPI.
Mais si cette fusion aboutissait, qu'est ce que cela changerait pour nos clients, nos cabinets, notre rayonnement, etc ? Sans doute rien, tout resterait à faire, et sur ce point M. Breesé apporte des pistes particulièrement intéressante, comme l'a déjà fait M. Hagel. Ne nous laissons pas abuser : des réformes structurelles, aussi lourdes soient-elles, n'amélioreront en rien la situation, et risqueraient au contraire de fragiliser les professionnels français.
Rédigé par:CPI dubitatif | le 08 mai 2008 à 13:00
les lecteurs apprécieront...mais vous aurez beaucoup de mal à nous faire croire qu’il y a là une véritable continuité de pensée.
Rédigé par: | le 08 mai 2008 à 11:05
Je ne vois pas d'incohérence, bien au contraire, entre ces deux billets de Pierre BREESE... Je vois au contraire une parfaite continuité, prenant en compte l'évolution des positions exprimées notamment par les avocats en ce qui concerne les réserves impératives exprimées par les différentes composantes du CNB.
Je partage son point de vue que notre profession ne peut pas prendre l'initiative d'une rupture, mais en même temps ne doit pas considérer que la fusion avec les avocats apportera à elle seule une réponse aux problèmes de manque de rayonnement des professionnels français ou à la faiblesse de l'usage de la PI par les entreprises françaises.
Rédigé par:@lcc | le 08 mai 2008 à 10:46
De qui sont les phrases reproduites ci-dessous et à mon sens toujours d’actualité?
« "Faut-il continuer à négocier avec les avocats" ?
La réponse est résolument "oui".
1. Tout d'abord, il s'agit d'un dossier complexe, nécessitant du temps pour permettre une préparation des esprits, et qu'il serait excessif de faire des procès d'intention sur une volonté de détruire l'autre
2. En deuxième lieu, car nous ne pouvons rompre les discussions engagées sans porter atteinte aux principes de délicatesse et de loyauté
3. En troisième lieu parce que l'exercice du métier de CPI par la profession d'avocats n'est pas dépourvu d'avantages pour les CPI »
Réponse : de Pierre Breese lui-même dans un billet pas si ancien.
Les billets plus récents ressemblent beaucoup à un splendide « retournement de veste » (toujours du bon coté ? je n’en suis pas sur).
J’apprécie beaucoup ce blog pour sa liberté d’expression mais son auteur manque parfois de cohérence dans ses prises de position.
Rédigé par:lcc | le 08 mai 2008 à 10:09
Tout est dit dans ce billet... Que la raison l'emporte pour que nous puissions à nouveau nous concentrer sur l'intérêt de nos clients.
Rédigé par:CPI | le 08 mai 2008 à 09:47
M. Breesé,
Vous êtes la preuve vivante que, contrairement à ce que disent certains, les opposants à la fusion ne sont pas nécessairement des lâches et des réactionnaires...
Merci pour votre blog!
Rédigé par:Mandataire en colère | le 08 mai 2008 à 09:32