La loi Hadopi visant à renforcer
l’exercice des droits d’auteur sur Internet constitue une digue nécessaire mais
fragile qui succombera à une lame de fond illustrant le concept de destruction
créatrice de Schumpeter.
L’industrie du disque atteint une fin de cycle comme l’activité des moines copistes a connue une fin lors de l’apparition de l’imprimerie.
L’industrie du disque a eu un rôle essentiel dans la diffusion des créations musicales puis cinématographique. Elle a permis de rendre accessible, dans les moindres bourgades, des biens culturels par l’intermédiaire d’un réseau de distribution bien organisé, offrant un panel très vaste d’œuvres à des prix abordables, et avec des supports durables, bien plus pérennes que les microsillons ou les cassettes.
Mais l’apparition de la diffusion en ligne rend obsolète cette industrie, alors même que les nouveaux modes de diffusion ne sont pas encore stabilisés.
Le législateur ne déroge pas à sa mission en organisant un cadre législatif permettant de retarder la chute de cette industrie. Mais celle-ci va subir le phénomène de destruction créatrice. En selon l’enseignement de Schumpeter, ce n’est pas cette industrie qui va se régénérer, malheureusement. Ce sont de nouveaux acteurs qui vont naître, avec un modèle économique sans doute nouveau.
Lorsque l’activité des moines-copistes a fait disparaître 8000 des 10000 « emplois », les monastères ont été durablement affaiblie en perdant des revenus et leur rayonnement. Mais de nouvelles activités sont nés, celles d’imprimeurs, de fournisseurs d’équipements pour l’imprimerie, de distribution des périodiques et des livres etc…
Cette destruction créatrice a un rythme qui lui est propre, qu’il est illusoire de vouloir accélérer par une simple libéralisation des droits d’auteur, comme il est illusoire de vouloir l’empêcher par des textes législatifs. Ces textes doivent accompagner les évolutions, sans les anticiper pour conforter une évolution mature plutôt que de tenter de participer à une construction encore mouvante.



Analyse intéressante, bien qu'elle mériterait d'être un peu plus développée.
Ce qui me choque surtout dans ce texte de loi, c'est la dangerosité juridique et politique qu'il représente (sans parler des impossibilités techniques de sa mise en oeuvre).
D'où une question de fond : jusqu'où la protection d'un concept existant (au sens très large du terme) doit primer sur les débats de fond (je dis bien de fond)...
Rédigé par: Piraaaaate | 19 mai 2009 à 10:32
La valeur est maintenant plus attachée aux matières premières qu'à la création de l'esprit humain, qu'elle soit artistique ou technique (la baisse relative des cours des MP étant temporaire).
Les innovations majeures des 25 dernières années (micro informatique, Internet, téléphones cellulaires etc.) n'ont pas généré un différentiel économique écrasant pour les pays à l'origine de leur conception et de leur diffusion.
On peut essayer de multiplier les digues, la lame de fond est là.
En matière de droit d'auteur comme dans le domaine des brevets.
Nous sommes un produit banalisé : notre intelligence, nos étudiants, nos cadres (trop abondants donc au chômage ou peu payés). Notre capacité à innover, elle-même, est maintenant "banale".
Ce n'est pas l'innovation qui nous sortira de cette crise, contrairement à une idée très (trop) reçue.
Rédigé par: Untergang des Abendlandes | 19 mai 2009 à 22:36
A "Spengler" :
ce qui est rare est cher.
Les matières premières, dans un monde fini, limité, sont rares.
Le potentiel d'innovation est illimité. Potentiellement abondante, l'innovation a moins de valeur marchande.
CQFD
Valorisons notre climat (encore tempéré pour quelques années) et notre potentiel agricole (la France est un jardin, ceux qui ont voyagé le savent). Je ne plaisante pas. La Chine et l'Arabie Saoudite effectuent des achats massifs de terres arables à l'étranger.
Rédigé par: Eco No Me | 19 mai 2009 à 22:59
@ Eco No Me & Untergang...
"Les matières premières, dans un monde fini, limité, sont rares."
Oui, mais...qu'est-ce qu'une matière première?
Le pétrole n'en était pas une avant l'invention du moteur à combustion interne. Tout comme l'uranium n'était qu'une curiosité pour savants avant l'invention du réacteur nucléaire.
Quant à l'agriculture...les polders néerlandais n'ont pas été rendus arables par Mère Nature, mais le travail de l'homme. Et le rendement des terres arables a été multiplié par 100 dans le dernier millénaire.
Le POTENTIEL d'innovation, lui, est peut-être illimité mais, comme on dit "des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche".
Rédigé par: epr | 20 mai 2009 à 09:45
Disons alors que les ressources naturelles évoulent vers une asymptote finie, avec décalage possible d'ordonnée (le pétrole devenu resource).
Cela change-t-il les donées de l'analyse (par ailleurs mathématisée depuis peu)?
Je ne le crois pas.
Rédigé par: Eco No Me | 20 mai 2009 à 20:16
J'abonde
Le déficit colossal US et les excédents colossaux chinois et saoudiens, émiratis etc. sont une preuve indubitable que l'innovation se monnaie moins que le tangible.
Quand on dit que nous sommes dans une économie de l'immatériel, on se paie de mots ! Nous sommes dans une économie du tangible et du matériel.
Rédigé par: Solidus | 20 mai 2009 à 22:54
Très intéressant, tout ça, y compris les commentaires de vos lecteurs.
On ne fait pas que perdre son temps sur Internet.
merci
Rédigé par: Armand Grinstajn | 28 mai 2009 à 11:22
La PI reste un moyen pour limiter l'écrasante déferlante des valeurs tangibles extra territoriales (pétrole, manufacturage à bas coût etc.).
Mais effectivement ne nous leurrons pas, et ne nous "abreuvons" pas de mots : ce n'est qu'un moyen pour limiter les dégâts. Ne restons pas sur un paradigme probablement obsolète : la valeur et la création d'icelle ne sont peut-être plus essentiellement là, dans l'incorporel, mais bien dans le corporel.
Rédigé par: Mens sana | 01 juin 2009 à 23:56