Les agences de rating sont sérieusement critiquées pour avoir joué un rôle trop actif dans le développement du marché, à un point tel que les banques utilisaient des modèles développés par les agences pour faire leurs montages. Ces mêmes dérives risquent de s'étendre au monde des brevets : La Caisse des Dépôts a annoncé la création d'un partenariat avec Ocean Tomo pour étendre à tous les brevets européens la plateforme Patentrating.
Les tentatives d'Ocean Tomo d'imposer le "patent rating"
On comprend l'intérêt d'Ocean Tomo : « Nous prévoyons que cette alliance entre la valeur de la technologie américaine et celle de la technologie européenne s`étendra rapidement pour donner naissance à d`autres partenariats à travers l`Asie, concrétisant ainsi notre vision d`un
réseau mondial. Notre partenariat avec la Caisse des Dépôts ne bénéficie pas
seulement à Ocean Tomo, mais à chacun de nos clients multinationaux et au monde
des affaires en général », a déclaré James E. Malackowski, président-directeur général d`Ocean Tomo.
On a plus de mal à comprendre l'intérêt de la CDC mettant à disposition de ce projet de l'argent public pour une activité qui n'a fait preuve ni de sa capacité à créer de la valeur, ni de son intérêt pour les acteurs de la propriété industrielle. Au passage, CDC a accepté de devenir le sponsor de présentation de la vente aux
enchères de propriété intellectuelle de l`automne 2009 ICAP Ocean Tomo qui se
déroulera les 3 et 4 novembre 2009 en France, à Paris.
L'attribution de scores automatiques a des brevets est intellectuellement séduisante : voir un exemple de méthodologie
exemple 1 ou
exemple 2. Mais il s'agit d'une pure fiction sans rapport avec l'utilité effective d'un brevet scoré.
Qu'est ce qu'un bon brevet ?
Cette question a déjà été abordée sur ce blog, notamment par Francis Hagel. On peut donner plusieurs réponses :
- un brevet qui est délivré après examen et confirmé dans une procédure administrative ou judiciaire, ou qui permettrait de réussir l'examen de qualification européen. Mais c'est une vision théorique, car il peut ne pas répondre aux objectifs de son titulaire.
- un brevet qui obtient un score élevé par une méthode de rating
- un brevet qui répond aux objectifs stratégiques de son titulaire.
Nul doute que les rédacteurs de brevet sauront intégrer les algorithmes de scoring dans leurs travail de rédaction de demandes de brevet, et aboutir, si c'est l'objectif de leur client, à un brevet ayant une score élevé. J'ai même quelques idées pour la génération automatique de brevets de score élevé applicable indépendamment de l'existence même d'un invention...
Mais on s'éloigne de manière déplaisante de la finalité du système des brevets et on omet totalement la dimension complémentaire de qualité de l'invention. Sans doute les fonds publics seraient mieux employés par un soutien des entreprises et organismes engagés dans des partenariats en matière d'innovation, plutôt que des opérations financières spéculatives déconnectées de la réalité des efforts d'innovation des acteurs français.
Le monde des brevets n'a certainement pas besoin de voir débarquer en France des vautours et autres trolls. Qu'est ce qui pousse la CDC a s'embarquer dans cette aventure ?
Rédigé par: Halte aux délires | 27 juin 2009 à 10:38