Bibliographie

08 avril 2008

Replacer la PI au coeur de nos métiers

Dans le débat organique sur l'intégration du métier de CPI dans une grande profession d'avocats, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux, plutôt que de s'illusionner avec des perspectives prétendument glorieuses auxquelles personne ne croit vraiement, ou de passer en force en se concentrant sur des mesures transitoires laxistes au détriment d'une vision à long terme.

Il est temps de replacer la PI au coeur de nos métiers :

  • Pour les CPI, conseiller des entreprises, créateurs et innovateurs, industriels et organismes de recherche public pour les aider à faire de la PI un instrument au service du développement économique, en intégrant les compétences techniques et juridiques, les compétences brevets et marques, les compétences juridiques avec les compétences paralégales complexes.
  • Pour les avocats, défendre, notamment sur le plan judiciaire, les intérêts des usagers du droit de la PI, et accessoirement exercer le même métier que les CPI.
  • Pour les pouvoirs publics, organiser un cadre réglementaire et administratif reflétant les choix politiques en matière de PI et en assurer la promotion auprès des citoyens
  • Pour les spécialistes de l'industrie, organiser et mettre en oeuvre au sein de l'entreprise une politique de PI conforme aux objectifs globaux de l'entreprise.

CorbAu niveau de l'organisation de nos métiers, quelles sont les missions  respectives ?

  • Pour la profession d'avocat : construire une grande profession du droit, faisant disparaître les autres professions réglementées. A ce titre, le CNB a parfaitement exercé sa mission semble t'il, avec un art de la manoeuvre certain.
  • Pour les pouvoirs publics : supprimer les "petites professions réglementées" de moins de 2000 membres, pour simplifier l'organisation des tutelles en France, et accessoirement veiller à ce que les acteurs économiques français puissent accéder à une offre de professionnels de la PI compétents et compétitifs.
  • Pour la CNCPI : défendre et promouvoir la profession de CPI. Il est clair que le mandat arraché sous la menace d'une démission du Président était dès le départ ambigu, en prévoyant principalement un mandat pour discuter de l'interprofessionnalité (qui n'impliquait pas la disparition de la profession) et accessoirement seulement la fusion qui implique la disparition de la profession). Et cette ambiguité a conduit à une distance croissante entre les CPI et leurs représentants officiels, puis à une grave crise de confiance.
  • Pour l'ASPI : défendre le statut des spécialistes de l'industrie en veillant une fluidité entre le métier de CPI et celui de spécialiste de l'industrie.

Il apparaît que ces objectifs sont difficilement compatibles et qu'un manque de clairvoyance a conduit à un emballement dans une voie sans issue. Le message du Secrétaire de la CNCPI exposant que le bureau travaille dans l'ombre et la discrétion pour tenter de résoudre la quadrature du cercle de la formation n'est pas rassurant, alors que ce même bureau se félicite régulièrement dans la presse de la position adoptée par les avocats (Rapport TUFFREAU II durci lors de l'AG du CNB en ce qui concerne les modalités d'accès pour les ingénieurs).

Osons admettre cette réalité, ayons le courage de ne pas nous entêter dans une voie préjudiciable pour les acteurs de la PI, et prenons le temps de nous retrouver, toutes les professions de la PI, pour réflechir ensemble au meilleur cadre d'organisation de la PI afin de répondre pleinement aux objectifs communs de développemer et renforcer la place de la PI en Europe. Et évitons de tomber dans un nouveau débat nombriliste sur une interprofessionnalité dont il n'est pas certain qu'elle réponde à ces objectifs, mais qui ouvrira une nouvelle phase de tensions et discussions stériles. Téléchargement Ahner-Delile-Roubaud-Sueur.pdf

26 mars 2008

Après six mois de négociation, le rapprochement avocats-CPI dans une impasse, sauf à accepter un suicide collectif !

L'évolution des perspectives de la fusion avocats-CPI induit un débat intense, et le nombre de visites quotidiennes du blog en est une illustration. Alors que l'AG de la CNCPI se tient le 4 avril, aucun projet n'est encore soumis aux CPI. Il est question de leur communiquer un projet moins de 48H avant un vote dont les conséquences seront la disparition d'une profession. (PS. Selon un commentaire d'un membre du conseil consultatif, l'AG prévue le 4 avril est reportée).

Deraillement Une négociation qui est en train de dérailler.
Engagées il y a six mois, les négociations sur le rapprochement des deux professions a pris des orientations mal maitrisées : le mandat donné au bureau de la CNCPI concernait un changement de statut avec une préservation du métier de CPI.

Mais aujourd'hui, ce même bureau se félicite de l'adoption par les avocats d'un texte prévoyant l'absorbtion pure et simple des CPI, et pour le futur permettant à des ingénieurs de devenir avocat seulement s'ils  suivent le cursus habituel de tout avocat. L'agitation des représentants des professions à communiquer pour faire croire que tout est joué indispose nombre de professionnels tant CPI qu'avocats. Et les perspectives créent la division : entre jeunes se préparant à devenir CPI et futurs bénéficiaires de "clauses de grand-père", entre ingénieurs et juristes, entre avocats spécialisés en PI et CPI, entre entreprises et CPI, entre CPI et tutelles de la PI.

L'effet d'aubaine individuelle va t'il l'emporter sur une ambition collective ?
Comme le montre certains commentaires (certes minoritaires), nombre de CPI seront tentés de l'opportunité de bénéficier d'un statut convoité d'avocat sans autre peine que de glisser un bulletin "oui" dans une urne. Et ceux qui devront supporter les conséquences d'un vote favorable ne votent pas, car ils ne sont pas encore CPI. Le piège est mortel, et risque d'entraîner la fin d'une offre française en matière d'ingénieur brevets de qualité reconnue sur le plan international. Il est trop facile, pour ceux qui n'auront pas à subir le parcours d'obstacle prévu dans le texte adopté par le CNB, de se voiler la face.

De vrais risques de pertes de compétences françaises
Le risque principal est d'assécher le recrutement d'ingénieurs spécialisés en matière de brevets : même les plus chevronnés des ingénieurs seront réticents à cumuler (1) une formation d'ingénieur, (2) une formation de mandataire européen et (3) une formation d'avocat.
Et le risque secondaire est que pour tenter de réduire ce parcours d'obstacle, on accepte de réduire la formation spécialisée en droit de la PI (dans les propositions actuelles, on prévoit par exemple de réduire le temps de formation à l'EQE octroyé par le CEIPI, pour permettre d'augmenter le nombre d'heures en droit général).

Des fausses raisons pour justifier l'absorption des CPI par la profession d'avocats

  • Prétendre que l'Europe va se pamer, lors de la présidence  de l'Union Européenne par la France, du fait que les CPI français auront le titre d'"avocat" n'est pas sérieux. Nombre de nos confrères étrangers observent avec perplexité ce qui se passe, et se préparent à tirer "les marrons du feu" en se présentant comme les seuls professionnels réellement spécialisés en droit de la PI, avec une formation mixte technique et juridique dédiée au droit des brevets et des marques. Les acteurs français de la PI risquent fort de perdre leur crédit et passer pour des zébulons dont le statut artificiellement flatteur est sans rapport avec la réalité de l'expertise, sauf bien sur en ce qui concerne quelques exceptions élitistes.
  • Prétendre que la "grande profession du droit" va améliorer l'accès par les entreprises aux compétences en matière de droit de la PI est également illusoire; il suffit d'ailleurs de lire les positions des représentants des entreprises, aussi bien des PME que des grandes entreprises.
  • Prétendre que l'unification avocats-CPI permettra de renforcer la présence des acteurs français sur le marché européen du droit de la PI est une illusion : une profession hybride, vieillissante et peinant à recruter de jeunes compétences ne renforcera certainement pas l'attractivité de la France en matière de PI.

De vrais sujets de rapprochement
Pour autant, il existe de vrais sujets de rapprochement entre les acteurs de la PI, ne nécessitant pas de réformes structurelles, mais simplement de revenir ensemble aux fondamentaux de nos métiers respectifs :

  • Rénover l'approche de la PI en conservant l'exigence d'excellence juridique, et en l'inscrivant pleinement dans les finalités économiques et stratégiques : c'est une question fédératrice pour les CPI, les avocats et les spécialistes de l'industrie, ainsi que des pouvoirs publics
  • Améliorer l'accès et la maîtrise de la PI par les PME : c'est un vaste chantier où tous les professionnels peuvent contribuer, par la sensibilisation, l'accompagnement dans la réflexion stratégique et le développement d'offres adaptées aux PME
  • Développer une utilisation plus offensive de la PI, pour dynamiser l'activité industrielle par des démarches insuffisamment connues (les brevets des concurrents constituent d'excellents stimulation de l'innovation, à condition de maîtriser parfaitement l'accès à ces brevets etJacob leur analyse)
  • Intégrer la Pi dans les démarches d'intelligence économique : la FePie vient de modifier ses status pour reconnaître parmi les métiers de l'intelligence économique les avocats et conseils en propriété industrielle
  • Oeuvrer ensemble pour une amélioration de la prévisibilité des décisions rendues en matière de PI, tant par les offices que par les juridictions nationales et demain supranationales
  • Engager, à l'instar des avocats, des cycles de formation continue interprofessionnelle pour enrichir les compétences des acteurs de la PI.

Ressaisissons nous !
Le travail qui a été accompli en six mois a permis une prise de conscience utile. Il ne faut pas gâcher ce travail très riche par une précipitation. Prenons en compte les recommandations de "sages" tels que Jean-Claude Combaldieu et d'autres responsables de stature européenne, et admettons que des réformes statutaires non seulement n'apporterons aucune réponse aux vrais problèmes de la PI en France, mais détruirons définitivement un métier auquel nous sommes nombreux à être attachés.

A ce titre, l'analyse de Renaud MAILLARD (voir commentaire du post précédent), rappelant la possibilité prévue par l'article 8.7 du règlement intérieur selon lequel le président de la compagnie est tenu de convoquer une assemblée générale lorsque la demande lui en est faite par le quart au moins des membres de la compagnie est particulièrement pertinente. N'hésitez pas à réagir à cette proposition sous forme de commentaires, anonymes ou non, pour approfondir cette piste.

Et consacrons notre énergie à construire l'avenir de la PI entre des professions et des acteurs complémentaires, qui se respectent, et qui de tout temps ont su trouver leur place pour accompagner les entreprises et les organismes de recherche dans la valorisation et la défense de leur créativité et de leur innovation.

21 mars 2008

Que pensent nos collègues étrangers de la fusion de la profession de CPI dans celle d'avocats ?

PatentNotre confère Axel Horns a commenté sur son blog sa perception de ce projet :

"Any idea that an entire national profession of patent attorneys like the French one could be merged into the profession of lawyers, with bearable burdens for additional training and with all related consequences in view of the right to appear before all sorts of courts, was received with disbelief and disaffirmation amongst German patent attorneys as far as I can tell.

In view of the German traditions of training lawyers I would even be prepared to go as far as to say that it appears to be inconceivable to launch any political project similar to that currently debated in France for the remainder of this century because of the German profession of lawyers never will be ready to co-operate in such a game even if some political pressure were exerted by the German Government."

Dans les discussions à venir, pour déterminer les modalités d'accès à la profession d'avocat par les ingénieurs, il sera délicat de trouver un équilibre entre :

  • un niveau d'exigence élevé, conforme aux standards européens, en matière de compétences techniques et en matière de maîtrise du droit de la PI,afin d'être crédible, en Europe, par rapport aux meilleurs professionnels du droit de la PI allemands notamment
  • un niveau d'exigence élevé en matière de droit général, pour être crédible auprès des avocats européens.

Ajoutons à cela la difficulté d'arbitrer entre un effort raisonnable et supportable de formation et une volonté d'excellence exprimée tant par les CPI que par les avocats, mais sur des critères différents, et on est pas loin du problème de la quadrature du cercle.
Sauf bien sur à faire fi de ces questions, en privilégiant les "grands pères" que seront les CPI bénéficiant des dispositions transitoires, et en laissant les futures générations se débattre avec ces problèmes, au risque d'aboutir soit à un offre française décridibilisée, soit à une offre française exangue.

Il est intéressant de prendre connaissance de la position des spécialistes de l'industrie, qui expriment de manière constructive et interrogative leur vision de ce débat. Téléchargement ASPI.pdf

18 mars 2008

Avocats et CPI peuvent-ils (veulent-ils) converger ?

Les dernières notes concernant l'avancement du dossier avocats-CPI ont atteint un record d'audience, ce qui montre l'intérêt porté par les acteurs de la PI à cette question.

Ou en sommes nous objectivement ?
Aujourd'hui, les deux professions ont choisi de ne pas renoncer au processus. Elles se sont, l'une et l'autre,Convergence_2 prononcées en faveur de deux projets de fusion similaires, mais présentant des nuances significatives. Le projet sur lequel les CPI se sont prononcés favorablement n'aurait sans doute pas permis un vote favorable par les avocats, et vice-versa.

Vous trouverez prochainement sur ce blog des textes complémentaires sur la base desquels les avocats se sont prononcés, pour permettre une analyse comparative. Les différences majeures concernent :

  • le statut des CPI devenus avocats : la CNCPI refuse le terme d'intégration qui serait contraire au projet, alors que le CNB présente ce statut comme totalement intégré après disparition de la profession de CPI
  • les conditions d'accès à la profession : la CNCPI présente un projet où le concours d'entrée au CRFPA ne serait ni plus ni moins que l'EQF actuel et le CAPA serait spécifique au droit de la PI, alors que le CNB présente un projet où le concours d'entrée et de sortie comprendrait simplement le droit de la PI comme matière optionnelle.

L'intervention des tutelles de la PI, notamment du CSPI
Les pouvoirs publics (DGE, INPI) sont réticents à la disparition de la profession de CPI, mais ne se sont guère exprimées officiellement. Il semble que le Conseil Supérieur à la Propriété Industrielle (CSPI) examinera la question aujourd'hui, et proposera un groupe de travail présidé par une personnalité "neutre", ne représentant aucune des deux professions, pour veiller au maintien d'une offre de prestation en droit de la PI de qualité en France.
En effet, l'enjeu, au delà de la réorganisation de deux professions règlementée, concerne en premier lieu les usagers du droit de la PI, et doit prendre en compte :

  • l'accès pour les PME à des services de qualité en matière d'assistance et de conseil en PI, tant sur le plan de la constitution des droits, de l'analyse des droits des tiers que dans leur défense et plus encore dans la mise en place d'une stratégie de PI contribuant réellement à leur pérennité et à leur développement
  • l'accompagnement de la recherche académique et des pôles de compétitivité dans leur politique de valorisation des résultats de la recherche
  • le renforcement du rayonnement de la vision française de la PI en Europe
  • la capacité à construire des cabinets paneuropéens capables d'accompagner les grandes entreprises françaises et européennes dans leur politique de PI mondiale, avec des professionnels dont la formation est adaptée à leur besoin, et de premier plan.

Il est temps que les tutelles élargies de la PI accompagnent ce processus qui dépassent les intérêts des seuls professionnels du droit de la PI et éclairent les débats avec l'attente des entreprises en prenant en compte l'objectif de pérennité d'une offre de conseil en PI de qualité, avec une double sensibilité et une compétence équilibré et élevée, technique et juridique.

Information sur les prises de positions

Ces informations sont transmises sous toutes réserves, et visent simplement à éclairer l'état des réflexions menées par certains professionnels du droit de la PI, au sein des instances qu'ils représentent, sans préjuger de leur impact sur les discussions en cours. Elles permettent d'avoir une meilleure connaissance mutuelle afin de converger vers une position collective en connaissance de cause.

Communiqué SAF  Position ACE.pdf   Position Ahner, Delile, Sueur, Roubaud   BatonnierParis Position des Cent.pdf  Position Cgpme.pdf Téléchargement CNA.pdf conférence_des_btonniers  FNUJA_08_03_08.pdf Loyon.pdf Rapport_SAF.pdf UJA_MARSEILLE.pdf saf_communiqu.pdf  Barreau Marseille.pdf BatonnierParis.pdf
MemoLARERE Position ASPI.pdf

17 mars 2008

Avocats-CPI : Faut-il poursuivre les discussions ?

Un "ingénieur en colère" s'interroge dans un commentaire du post précédent "Faut-il continuer à négocier avec les avocats" ?Platee
La réponse est résolument "oui".

  1. Tout d'abord, il s'agit d'un dossier complexe, nécessitant du temps pour permettre une préparation des esprits, et qu'il serait excessif de faire des procès d'intention sur une volonté de détruire l'autre
  2. En deuxième lieu, car nous ne pouvons rompre les discussions engagées sans porter atteinte aux principes de délicatesse et de loyauté
  3. En troisième lieu parce que l'exercice du métier de CPI par la profession d'avocats n'est pas dépourvu d'avantages pour les CPI :
  • Elargissement d'un périmètre d'exercice un peu étriqué actuellement puisqu'il n'inclue pas expressement le droit de la concurrence, le droit d'auteur et des prestations d'évaluation financière. Un tel élargissement dans le cadre de la profession de CPI semble aujourd'hui exclue par les pouvoirs publics
  • Appartenance à une profession plus nombreuse, reconnue et puissante (pour autant, ne tombons pas dans le piège consistant à penser que l'herbe est plus verte dans le pré voisin)
  • Capacité à mieux servir les entreprises localement par un tissu de professionnels mieux répartis sur le territoire français ainsi qu'un meilleur accès à une offre pan-européenne.

Les CPI se sont-ils laissés piéger ?

FrogSurtout, nous ne pouvons nous payer le luxe d'être une nouvelle fois la "profession qui dit non". Les manoeuvres pour retarder la ratification du Protocole de Londres ont terriblement affecté l'image de la profession aux yeux des pouvoirs publics et des entreprises, d'autant plus que ces manoeuvres se sont finalement soldées par un échec.

Lorsque la Chancellerie a engagé la réflexion sur la suppression des "petites professions règlementées", la profession s'est lancée - peut être avec un peu de vanité - dans le processus d'intégration de la profession d'avocats, éblouie par un titre qu'un petit nombre de CPI convoitait en raison principalement du statut social qu'il associaient au titre d'avocat et peut-être émoustillé par les occasions de rencontrer ministres et hauts fonctionnaires.
Aujourd'hui, nous sommes très engagés dans un processus dont nous percevons les risques majeurs et prenons conscience que nous avons peut-être fait preuve de candeur.

La profession ne peut pas pour autant se permettre d'être à l'origine d'une rupture sans perdre un peu plus de son crédit. La progression des discussions nous place dans une situation difficile où les avocats ont donné une apparente position favorable, et qu'il nous appartient à notre tour de nous prononcer en dernier lieu, sur des bases qui constituent un piège mortel pour l'avenir de la profession, si les modalités d'accès pour les futures générations n'évoluent pas. Et rien ne nous garantit que même si elles évoluent, l'intégration se fera finalement sur les bases convenues entre le CNB et la CNCPI.

Que faire ?
Il appartient aux représentants des deux professions de poursuivre honnêtement le processus engagé, en veillant à obtenir une adhésion aussi large que possible. Chacun veillera sans doute à apparaître comme étant le "good guy" et de laisser le rôle du "bad guy" à l'autre. Mon petit doigt me dit que ce dernier rôle risque bien de nous échoir, les CPI se retrouvant avec la "patate chaude" de la rupture. Pourtant, tout doit être fait pour éviter que ce dossier ne vienne éloigner nos deux professions qui ont l'habitude de travailler ensemble efficacement et dans un respect mutuel.

Des initiatives complémentaires doivent à présent être envisagées entre tous les acteurs de la PI, afin d'atteinte des objectifs de meilleure diffusion auprès des PME de la culture PI, d'un renforcement de la vision française de la PI, et ce quelle que soit l'issue des discussions sur l'organisation des professions.

16 mars 2008

La formation des ingénieurs-avocats : le noeud gordien non encore tranché.

Le projet de d'absorbtion des CPI par la profession d'avocats continue à progresser en crabe : aucune des professions ne prend l'initiative de rompre, mais pour autant la convergence n'a pas encore abouti.

Noeud2Une symétrie entre avocats et CPI dans une acceptation résignée du projet
Les avocats ont adopté la proposition de leurs instances représentatives avec le même pourcentage que les CPI : 2/3 des votants ont approuvé la proposition qui leur a été faite. Dans les deux professions, on retrouve une minorité viscéralement hostile, parfois par protectionnisme et crainte du changement, et parfois guidé par une recherche d'excellence. Une forte majorité, dans les deux professions, est légitimiste et suit les recommandations de leurs instances représentatives, et une petite minorité est réellement enthousiaste.

La question de la formation constitue le noeud gordien
Le point critique reste la formation, comme le montre les commentaires sur ce blog et dans d'autres groupes de discussion.Quel est le niveau raisonnable de formation purement juridique qu'il conviendra d'exiger de la part d'un ingénieur pour lui permettre l'accès à la profession d'avocats ? Un niveau trop faible conduira à une filière discréditée et sera contraire à l'objectif d'unité de la profession d'avocats, un niveau trop élevé sera dissuasif et "assèchera" la filière, avec le risque de créer une pénurie de professionnels susceptibles de conseiller et d'assister les entreprises. Attention à ce que le noeud gordien ne se transforme pas en noeud du pendu !

La méthode des petits pas retenue par les négociateurs
On observe que le processus de discussion s'apparente à une méthode de petits pas, visant à obtenir une adhésion minimale des deux professions, par étapes successives.

  • La CNCPI a voté la poursuite des discussion sur la base d'un projet prévoyant 150 heures de formations juridiques supplémentaires (30H de déontologie, 30H de procédure civile, 25H de procédure pénal, 12H de procédure communautaire, 6H de communication orale et 14H de plaidoirie,33H de contentieux du monde des affaires). Avec la formation juridique actuelle, l'ingénieur visant le titre d'avocat aura bénéficié de 660 heures de formation juridique, principalement centrée sur le droit de la PI.Pour beaucoup de CPI, c'est considéré comme un grand maximum, et c'est sur cette base qu'ils se sont prononcés en faveur de la poursuite des discussions.
  • Lors de l'AG de la CNB, la présentation était toute autre, avec une formation des ingénieurs présentée sans dérogation, avec un examen d'entrée au CRFPA comportant simplement le droit de la PI en option et un CAPA non spécialisé. C'est considéré comme le minimum qui a permis d'obtenir une adhésion d'une majorité d'avocats.

En maintenant ? Tout reste à faire
A présent, les deux professions étant d'accord, mais pas sur les mêmes bases, le travail de convergence reste à faire. Mission impossible ? Pas sur. L'objectif est clair : trouver un équilibre qui garantisse une haute qualité de la formation et un niveau d'excellence juridique correspondant aux besoins raisonnables des usagers du droit, sans élitisme excessif et déplacé, et une compatibilité avec l'investissement de formation qu'un jeune ingénieur est prêt à consacrer à l'entrée dans la profession, et que les cabinets sont prêt à financer. Un CAPA avec la possibilité de sélectionner parmi les épreuves principales le droit de la PI (parmi d'autres spécialités du droit), avec un coefficient élevé pourrait être une piste ou une formation spécifique à la préparation du CAPA pour les ingénieurs...

Un parcours semé d'aléas jusqu'à l'entrée en vigueur de la fusion
Même si les deux professions arrivent à trouver une voie médiane acceptable, le processus législatif présentera un haut risque : jusqu'au dernier moment, un amendement suscité par tel ou tel lobbyiste (et on connaît le rôle majeur que ces derniers jouent dans les discussions) peut conduire à un infléchissement désastreux, et la profession de CPI serait alors irréversiblement détruite.
Fille_munch2
Une lacune dans les discussions actuelles : l'adhésion des partenaires naturels des CPI
Une préoccupation majeure reste que les partenaires habituels des CPI expriment clairement leur réticence voire leur hostilité à la perspective d'une disparition de la profession de CPI : l'INPI et la DGE, qui n'ont pas suffisamment été impliqués dans les discussions, affichent plus ou moins ouvertement leur réticence, les entreprises expriment leur hostilité par la voie du MEDEF et de la CGPME. Il est urgent d'associer plus étroitement les partenaires institutionnels et les usagers du droit de la PI à ses discussions si nous voulons éviter de nous voir entraîner dans une spirale mal maîtrisée, où les CPI acceptent par faiblesse une proposition des avocats qu'un commentateur a qualifié de "baiser de la mort". Il existe un réel danger de voir l'unité de la profession de CPI souffrir des débats actuels, quels qu'en soit l'issue.

Même si on peut souhaiter que les efforts investis aboutissent, le statu quo ne mettra en aucune façon en péril notre profession, et j'espère que l'énergie consacrée à ce projet, après l'énergie consacrée à freiner la ratification du protocole de Londres, pourra être consacrée à des initiatives plus constructives pour renforcer le rôle des CPI dans l'utilisation de la PI par les PME et pour moderniser la vision du métier et de la PI, sans s'égarer dans de nouveaux débats tactiques et nombrilistes tels que la "coopération renforcée" qui est déjà le mode de relations habituel entre avocats et CPI.

14 mars 2008

Fusion avocats - CPI : une étape importante est franchie. Le CNB approuve la fusion

Victoire L'assemblée générale du Conseil National des Barreaux du 14 mars 2008 vient d'approuver la fusion par 48 voix contre 24 et 1 bulletin nul. Bravo au travail de préparation du rapporteur, le batonnier Philippe TUFFREAU et tous ceux qui ont su contribuer à dépasser les réticences compréhensibles de certains avocats.

A présent, un obstacle est levé, mais le chemin reste harassant : vote de la CNCPI qui devrait logiquement approuver à son tour le projet dans le prolongement des votes précédents, puis processus parlementaire pour préparer les textes règlementaires. Nul doute que le lobbying se poursuivra et on restera à la merci d'une évolution des textes jusqu'au dernier moment.

Plus important, réunir à nouveau les acteurs de la PI pour que chacun trouve sa place dans cette évolution : spécialiste de l'entreprise, avocats, CPI,partenaires publiques (INPI, MINEFI, Chancellerie). Il faut que cette évolution crée une dynamique dépassant les intérêts corporatistes et le dialogue entre les praticiens devra s'engager sur des bases nouvelles pour donner tout son sens à ce projet. Cette réflexion devra se faire non seulement au niveau des instances ordinales, mais aussi "à la base", en prenant en compte l'ensemble des intérêts (jeunes professionnels, dirigeants et associés de cabinets, entreprises et usagers du droit, administrations,...) pour qu'une dynamique positive s'établisse, avec un objectif de rendre le droit de la pi plus accessible, et contribuant réellement à la valorisation de l'innovation et de la créativité, en veillant à protéger les consommateurs et les entreprises des risques de dérive. Un autre objectif majeur est de renforcer la présence de la France dans la vision de la PI en Europe, et la Présidence française de l'UE sera l'occasion pour la profession en cours de fusion de montrer sa capacité à alimenter les projets en matière de PI.

Une proposition : l'AACEIPI, association des amis du CEIPI réunissant aussi bien des avocats, des CPI et des spécialistes de l'industrie, tant en matière de marques que de brevets, pourrait être le lien de rencontre convivial pour permettre un premier échange d'idées et de projets...

12 mars 2008

Avocats CPI : faites vos jeux, rien ne va plus. La partie se jouera ce week-end...

L'assemblée générale du CNB constituera sans doute une étape décisive dans le processus d'absorbtion de la profession de CPI par celle d'avocats. Difficile de parier sur l'issue. Certains barreaux Marseille, Lyon ont exprimé une ferme,opposition,  d'autres ont déclaré approuver le projet (Haut de Seine, Ouest), d'autres sont plus madrés (Paris). Rejet définitif ? Feu vert ? nouvelles tergiversations ? Un espoir partagé par nombre d'acteurs de la PI : que l'on sorte de ce débat qui n'a que trop duré et qui aujourd'hui crée des tensions entre ceux qui devraient oeuvrer pour un meilleur rayonnement d'une vision française de la PI.

La position du barreau de ParisPile_ou_face

Fer de lance des opposants à la fusion, le barreau de Paris maintient des réserves formulées sous forme de questions préalable à la CNCPI : 

  • L’intégration des actuels CPI :Quelle durée comprendra la formation en droit des futurs avocats actuellement Conseil en Propriété Industrielle et ingénieurs ?
  • Envisage-t-on de les faire avocats, sous réserve d’une formation complémentaire postérieure à la prestation de serment ?
  • Accepte-t-on qu’avant de devenir avocats, ils soient astreints à une vérification de leurs connaissances juridiques et déontologiques ?
  • La formation des futurs avocats spécialistes en propriété industrielle : Existera-t-il dans chaque CRFPA une filière de spécialisation en propriété industrielle, ou doit-on considérer que seul le CEPI de Strasbourg aura cette exclusivité ?
  • Les spécialités: spécialités distinctes : propriété littéraire et artistique, droit des marques, dessins et modèles, droit des obtentions végétales, droit des brevets Et que, par conséquent, un avocat doit pouvoir être spécialiste dans l’un ou l’autre de ces domaines, voire dans plusieurs, sans l’être dans tous ?
  • La survivance des concurrents « non avocats » : Quelles mesures est-on prêt à mettre en œuvre pour que l’exercice de la spécialité soit impossible à ceux qui ne seront pas avocats et, notamment, les mandataires européens, sachant que les dispositions du Titre II n’offrent aucune garantie décisive
  • L’unité de la profession : Aucune catégorie d’avocat ne bénéficiant d’un statut particulier au sein du CNB, est-il bien entendu que les futurs avocats spécialistes dans l’un ou l’autre des domaines d’exercice de la propriété intellectuelle ne jouiront d’aucun statut représentatif distinct ?

Manoeuvre tactique pour retarder une nouvelle fois le vote ? Pour enterrer un dossier, une solution habile consiste à répondre à une question par une autre question. La formulation est curieuse et avec un ton plutôt désobligeant pour les CPI, puisqu'elle s'adresse à la CNCPI qui probablement n'aura pas apporté de réponse avant la tenue de l'AG du CNB. Téléchargement


La position de l'Union des Jeunes Avocats (Site UJA)
Avocat_jeune
L'UJA se déclare favorable à l'intégration des Conseils en Propriété Industrielle à la profession d'Avocat dans le respect des règles d'accès et d'organisation de ladite profession, sous les conditions, de rigueur, suivantes :

  • Le renforcement de la formation juridique des CPI, notamment des ingénieurs formés au CEIPI, afin de permettre un accès à la profession d'Avocat sur obtention du Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat
  • Un usage du seul titre d'Avocat, avec mention de spécialisations prévues par la Loi et les Règlements.
  • L'utilisation de la CARPA, à l'instar de tous les membres de la profession d'Avocat.
  • Une rapide mise en conformité des structures d'exercice des Conseils en Propriété Industrielle avec les règles régissant les structures d'exercice de la Profession d'Avocat.
  • L'absence de toute représentation particulière au sein des institutions représentatives de la profession d'Avocat.

Bref, à condition que la CNCPI renonce à tout ce qu'elle a négocié. Sur certains points tels que l'utilisation de la CARPA y compris pour le paiement des taxes officielles et correspondants étrangers, l'UJA montre qu'elle connaît mal le métier de CPI et ne maîtrise pas vraiment le dossier.

Une voie médiane est proposée dans le commentaire de Renaud MAILLARD ci-dessous : équivalence permettant à un CPI de présenté le CAPA, charge à lui de se préparer pour réussir les épreuves "standards".

Rappport TUFFREAU en vue de l'AG du CNB des 14 et 15 mars 2008

Le rapporteur Philippe TUFFREAU a de son coté préparé un document très constructif répondant aux craintes formulées par certains avocats : Téléchargement

  • Le maintien du titre d’avocat : Il ne saurait exister qu’un titre pour la profession, celui d’avocat.Il n'a jamais été question d'autres choses.
  • Une nouvelle mention de spécialisation. Le rapporteur a proposé la mention « conseil en propriété intellectuelle » pour l’ensemble des avocats intervenant dans ces matières. Ce choix symbolise l’ambition d’une réforme dont l’objet est de favoriser l'éclosion de structures à composantes mixtes en permettant aux avocats spécialistes d’embaucher des professionnels d’une culture mixte ingénieur et juriste, dans le but d’investir notamment les matières réservées jusque-là aux CPI (conseil aux entreprises et aux particuliers et brevets),et aux anciens conseils en propriété industrielle d’intégrer des avocats jouissant d’une expertise reconnue en matière judiciaire.
  • Schéma de formation des futurs avocats spécialistes en propriété intellectuelle : Passage obligé pour les ingénieurs, le CEIPI est particulièrement adapté à l’origine culturelle de ceux-ci et il serait périlleux de le remettre en cause. En revanche, le passage par le CEIPI n'est pas obligatoire pour les juristes et n'a pas vocation à le devenir même si son attractivité est grandissante.Téléchargement tableau_cursus_de_formation1.pdf
  • Les conditions d’entrée au CRFPA : Pour garantir la cohérence des conditions d’accès, ces épreuves seront organisées conjointement par le CRFPA de Strasbourg, l’Université Robert Schuman et le CEIPI. La liste des matières définies par Arrêté sera complétée par des matières à caractère optionnel liées à l’ensemble du domaine de la propriété intellectuelle.
  • L’examen du CAPA, organisé et délivré par le CRFPA, sera aménagé pour comprendre dans le cadre de matières optionnelles : consultations écrites et orales sur la propriété intellectuelle,une épreuve orale en droit interne et communautaire sur les questions de propriété intellectuelle. Le reste des matières et le format des épreuves seront maintenus conformément à l’arrêté du 11 septembre 2003.
  • Les structures d’exercice des anciens conseils en propriété industrielle : S’agissant du régime dérogatoire, de nombreux cabinets de CPI sont fondés sur une structure financière qui intègre soit la famille, soit des capitaux extérieurs. Les contraindre à une mise en conformité immédiate reviendrait à compromettre leur existence et leur développement dans la profession.
  • La représentation et la visibilité des avocats « conseils en propriété intellectuelle : La CNCPI en tant qu'organisme professionnel créé par la loi va disparaître ainsi que la profession de CPI. La liberté constitutionnelle d’association permettra aux nouveaux avocats « conseils en propriété intellectuelle » de créer toute association qui leur semblera utile. Seul le Président du Conseil national ou son délégué aura qualité pour représenter la profession auprès des pouvoirs publics et associations internationales.
  • La CARPA : Les avocats de la spécialité « conseil en propriété intellectuelle » auront la faculté, sans obligation compte tenu des statuts de la CARPA, de faire transiter par cette dernière les annuités de brevets. Toutefois, tous les mouvements financiers afférant aux cessions de brevets ou de marques, aux redevances de licences ou aux autres contrats ou litiges portant paiement, transiteront par la CARPA.Bagarre_village_gaulois

La CGPME déclare sa désapprobation sur le projet de fusion

Dans cette phase de lobbying intense, relevons également le courrier adressé par la CGPME à la Garde des Sceaux. Difficile de croire à la spontanéité de ce courrier, contenant au demeurant des contreverités (il prétend qu'une majorité de CPI s'est déclarée hostile au projet alors qu'une majorité des deux tiers a approuvé le projet), et reprend des arguments "soufflés" par des lobbyistes, qu'un post précédent à déjà évoqué.Téléchargement CGPME_DATI.pdf

Bref, vivement que ce débat prenne fin, et que nous puissions, CPI, avocats, et professionnels de l'industrie et pouvoirs publiques nous retrouver sereinement pour échanger sans arrières pensées ni jeux tactiques sur ce qui nous passionne, à savoir la propriété intellectuelle et son utilité pour le développement de l'activité économique des entrepreneurs, créateurs et innovateurs. Réuni dans une même profession ou non, peut importe en définitive...

12 février 2008

Et maintenant, quel avenir pour la profession de CPI ?

Quelque soit l'évolution du dossier sur l'intégration des CPI dans la profession d'avocat, les acteurs du droit de la propriété industrielle ont de belles perspectives, à condition d'oser prendre en main les changements nécessaires avec cohérence et créativité, sans arrogance.

Première hypothèse : les instances représentatives des avocats et des CPI trouvent un terrain d'entente

Ne serait ce que par respect du remarquable travail mené par le bureau de la CNCPI ainsi que les bâtonniers IWEINS et TUFFREAU pour aboutir à une proposition très élégante et qui reste amendable à la marge, les discussions doivent se poursuivre. L'élan a été brisé par la position prise lors de l'AG du CNB, mais ce n'est pas irréversible pour l'instant. Avec un peu de bonne volonté, les points de blocage peuvent être résolus.

  • Le titre et la représentation au sein de la profession : il s'agit d'une Confiance_2problème affectif pour l'essentiel : nombre de confrères sont viscéralement attachés au titre de CPI, qui pourtant n'est guère lisible pour nombre d'entreprises. A nous CPI de prendre sur nous de franchir complètement le pas. Quant à la création d'une "commission spécialisée", c'est un réflexe protectionniste : la création d'un "guetto d'anciens CPI" n'est pas un objectif pour les CPI réellement attachés à devenir avocats.
  • La formation : c'est sans doute la question la plus sensible. Il faut accepter que la formation initiale soit diversifiée, avec un tronc commun en droit général et déontologie raisonnable et une formation principale exclusivement juridique pour les uns, scientifique pour les autres. La formation professionnelle devra ensuite permettre à chacun de renforcer ses compétences. Aujourd'hui déjà, on trouve des avocats de formations très disparates : certains avec une formation juridique minimale, d'autres avec une formation additionnelle de type Sciences Po ou école de commerce. Où est le problème ? Aux avocats de faire un pas, sauf à utiliser cette question comme prétexte pour faire achopper le processus d'intégration des CPI.
  • La gestion par la CARPA des taxes officielles (et non pas des redevances comme je l'ai lu dans un commentaire). Ce ne peut être un point de blocage : si cela peut faire plaisir aux avocats, pourquoi pas, pour autant que cela ne complique pas inutilement les nombreuses démarches paralégales associées à des paiements de taxes de quelques dizaines à quelques centaines d'euros, auxquels les CPI sont habitués et que les avocats sous-estiment sans doute.

Bref, le rapprochement est encore possible, mais le voulons nous réellement ? Le fait de satisfaire les pouvoirs publics est certes à prendre en compte, mais ces derniers sont-ils réellement unanimes ? Je ne le crois pas, pas plus que les CPI ou les avocats... Un échec ne sera pas un drame, et beaucoup seront soulagés.

Deuxième hypothèse : le report de la décision du CNB est une étape vers le rejet d'un rapprochement

L'image et la cohésion des CPI aura souffert d'une stratégie perdante tant sur le dossier du Protocole de Londres que celui du rapprochement. Il faudra alors revoir en profondeur les orientations d'une profession en perte de sens et de repères. Les priorités seront :

  • Renouer des relations constructives et confiantes avec nos partenaires naturels : INPI, DGE, OEB, CEIPI, pouvoirs publics en charge des questions d'innovation et de PI, ainsi que PME Futur20ret grandes entreprises, et bien sur les avocats (et pas seulement les avocats spécialisés en PI) et professions du chiffre. Pour cela il faut nous concentrer sur notre métier et son utilité pour le développement économique, en animant des projets communs. Ce sera sans doute plus productif que de faire appel à des lobbyistes et de se complaire dans les rapports de force stériles.
  • Recréer la fierté de notre métier et la cohésion entre les CPI, quelques soient leurs spécialités, sensibilités et ancienneté dans la profession. Cela ne se déclame pas, mais s'obtient par des objectifs collectifs : droit de plaider voire de représentation devant les tribunaux français et communautaire en matière de PI, révision du périmètre d'exercice de la profession pour inclure les domaines connexes du droit de la concurrence, du droit d'auteur et du droit économique, réflexion sur une convention collective adhoc et des règles de bonne conduite inter CPI, occasions de convivialité.
  • Participer pleinement aux débats de société : Utilité sociale et économique de la propriété industrielle, équilibres entre intérêts des créateurs et innovateurs, et consommateurs, stratégies d'innovation et de PI, voici quelques thèmes où les CPI peuvent apporter leur contribution. C'est le moyen de faire partager leur vision de la PI, pour donner une meilleure visibilité à la profession, dont l'image est brouillée par les positions prises dans le passé sur des sujets controversés et trop narcissiques.
  • Conquérir le marché européen du droit de la PI : avec tous les acteurs français, les CPI doivent participer à toutes les initiatives susceptibles de renforcer l'influence de la France sur le marché européen du droit de la PI. La présidence française de l'Union européenne, les discussions en cours sur l'EPLA, sur la représentation devant les juridictions engagée par la Commission Européenne, sur le brevet communautaire, etc sont autant de sujets où les CPI doivent être présents, et le faire savoir tant au sein de la profession qu'à leurs partenaires habituels.

Nos clients sont habitués à s'adapter par l'innovation et la créativité : voici une excellente occasion de leur montrer que nous sommes capable d'en faire autant. Nous faisons un métier passionnant, faisons le savoir.

10 février 2008

Rapprochement avocats-CPI : le vote du CNB lors de l'Ag des 8 et 9 février 2008 aboutit à une fin de non-recevoir

Billet d’humeur (de mauvaise humeur !) même si sur le fond le coup d’arrêt donné au processus de rapprochement avocat-CPI ne me gêne personnellement en rien. Amis avocats que j'égratigne un peu, n'y voyez aucune animosité ! 

La valse hésitation, une spécialité française : la victoire du conservatisme et de la crainte du changement
A l’instar des tergiversations sur la constitution européenne ou sur la ratification du protocole de LondresFrontiere, le projet d’absorption de la profession de CPI par les avocats a succombé (provisoirement ?) à un intense lobbying corporatiste. Les attaques ad hominem et procès d’intention les plus médiocres  n'ont pas fait défaut (voir le site du Cosal, un syndicat d’avocats déjà condamné pour ses propos outranciers) et montrent que la délicatesse est pour certains avocats une valeur à géométrie variable.

Pour éviter le camouflet d’un rejet pur et simple, le CNB a adopté une motion prévoyant de procéder d’abord à une comparaison avec la pratique européenne. Cela équivaut à « constituer une commission », solution élégante pour renvoyer la question aux calendes grecques.

  • En premier lieu, le fait que la France soit pour une fois en avance dans le domaine de l’organisation des acteurs de la PI n’est pas un argument devant conduire à l’arrêt de ce processus pour conforter un statu quo routinier et confortable.
  • En second lieu, les promoteurs de cette suggestion connaissent par avance la réponse : en Europe, l’organisation des deux professions est totalement disparate, allant de la dérèglementation totale du conseil en PI a des solutions assurant un monopole de représentation tel qu’il conduit à des coûts de procédures sidérants (plus de dix fois le coût des procédures françaises) privant la plupart des entreprises de la possibilité de faire valoir leurs droits devant une juridiction nationale et réduisant le nombre de procès à une dizaine d’affaires.

Que va enseigner l’étude de la situation dans les autres pays européens ?
Daumierla_loiLa meilleure preuve du caractère spécieux de cette demande de report du vote du CNB est que l’étude de la situation en Europe existe déjà ; elle a été réalisée par l’institut des mandataires européens. Peut-on sérieusement imaginer que les avocats spécialisés qui sont à l’origine de la demande d’une telle étude ignoraient l’existence de ce travail ? Ce serait leur prêter un amateurisme injuste.
Cette étude fait apparaître que la plupart des pays européens sont dans la même situation actuellement que la France. Seule l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Autriche, la Suède et la Finlande, ainsi que quelques pays mineurs prévoient la représentation judiciaire par des CPI.Téléchargement EPI.pdf

Quelle conclusion faut-il en tirer ? Que la France attende que les acteurs des autres pays aient structuré leur offre en matière de conseil et de défense des droits de PI pour essayer ensuite de rattraper son retard ?

Les binômes CPI -  avocats spécialisés constituent t’ils la meilleure réponse aux besoins des clients ?

ScudL’enlisement de cette initiative qui aurait pu permettre aux acteurs français de prendre une longueur d’avance en Europe conduit à se poser une question, certes provocante (pardon par avance à mes nombreux amis avocats spécialisés en PI !) : Le binôme CPI-avocat spécialisé en PI est-il le plus pertinent pour défendre les intérêts d’une entreprise dans le domaine de la PI ?
La redondance des compétences en matière de droit de la PI justifie t’elle le surcout supporté par le client ? Une complémentarité plus différenciée entre CPI et avocat ouvert sur le droit de la concurrence et le droit communautaire, avec une sensibilité pénaliste ne serait-elle pas plus efficace pour convaincre un magistrat dont la formation et le parcours échappe à toute spécialisation en matière de PI ? Analysons la pratique des CPI d’une part et des avocats spécialisés en PI d’autre part :Avocat

  • Un CPI rédige une centaine de demandes de brevet par an. Cette pratique intensive de  la constitution des droits implique une analyse juridique quotidienne des inventions qui lui sont soumises, à une identification des droits antérieurs et à l’analyse de la liberté d’exploitation (opposabilité des droits des tiers) et de la brevetabilité. Le CPI intervient chaque année sur une centaine de procédures d’examen et de délivrance de brevets, en jonglant avec des règlementations propres à différents pays et à différentes conventions internationales. Il intervient aussi une dizaine de fois par an dans des procédures d’opposition auprès de l’OEB, où il croise le fer non seulement avec les examinateurs juristes et techniciens de la division d’opposition et des chambres de recours, mais aussi avec ses confrères venant des 32 pays ayant ratifié la convention sur le brevet européen. Le CPI intervient aussi quotidiennement dans des dossiers d’analyse de disponibilité d’une marque et d’évaluation des risques juridiques, d’opposition en matière de marques et de constitution de droits en matière de marques et dessins et modèles. En outre, il traite chaque année plusieurs dossiers de litiges en matière de brevets et de marques, sans compter les consultations juridiques sur l’exploitation, la valorisation et la défense des droits de PI et l’analyse des risques au regard des droits des tiers. Cette pratique confère aux CPI une exceptionnelle maîtrise du droit de la PI et de son application.

  • Les 255 avocats spécialisés se partagent l’essentiel des 300 dossiers de litiges brevets par an (soit une moyenne d'un dossier par an !), qu’ils traitent d’ailleurs pour la grande majorité en coopération avec un CPI. L’expérience accumulée au fil des ans leur confère une réelle expertise, et lorsqu’il accepte de jouer le jeu du dialogue avec le CPI, le tandem est très efficace et apporte une vraie valeur ajoutée.

JugePour autant, faut-il vraiment, pour répondre au mieux aux intérêts des clients, une coopération renforcée  entre CPI et avocats ? Cette «coopération renforcée» (c'est l'assurance pour les avocats spécialisés d'être alimentés en dossiers par les CPI) n’est-elle pas déjà la règle aujourd’hui ? L’avocat n’est il pas déjà plus qu’une sorte d’avoué (hormis pour certains CPI qui s’obstinent à intégrer personnellement la rédaction des conclusions) ? Est-il normal que le travail de préparation réalisé par le CPI soit ensuite repris par l'avocat spécialisé dont les compétences sont très largement redondantes, qui "signe" de son seul nom les conclusions, mais dont les honoraires sont en moyenne cinq fois plus élevés de ceux du CPI qui a fournit un travail globalement équivalent ?

Ne serait-il pas plus pertinent d’éviter la redondance des compétences en associant un CPI avec un « vrai » avocat, avec une sensibilité pénaliste et communautariste ? Car outre la dimension technicienne, un litige en matière de PI s’inscrit dans un débat de société où il est rare qu’il se résume à la caricature du breveté vertueux opposé au vilain contrefacteur. Souvent, le contrefacteur est en fait une PME qui a mal apprécié les risques juridiques sans volonté de nuire aux intérêts de quiconque, ou une grande entreprise qui a procédé à une évaluation de la situation juridique qui n’a pas été partagée par le magistrat, à tort ou à raison.
Cette réflexion n’est pas une galéjade (enfin, pas tout à fait…) : Une présidente de section d’une chambre spécialisée en PI a d’ailleurs clairement exprimé qu’elle cherche à comprendre le contexte général d’un contentieux pour juger, certes en droit, mais aussi en équité.L'expérience et la culture d'un avocat apportant la maîtrise des usages du barreaux et l'art de la rhérorique conjuguée à l'expertise technique et juridique du CPI sont aussi efficace que le recouvrement des compétences en PI d'un CPI et d'un avocat inscrit sur la liste de spécialité en PI.

A défaut de rapprochement, une révision du périmètre d’exercice des CPI et des partenariats entre professionnels qui se complètent et se respectent

Prenons acte de l’arrêt probable du projet de rapprochement CPI-avocat pour nous consacrer à présent pleinement dans le développement des cabinets de CPI, dans l’organisation d’une profession certes petite mais composée d’experts conciliant une exigence professionnelle élevée avec une démarche entrepreuneriale.

  • Pour cela, un premier objectif est d'actualiser le périmètre d’exercice professionnel : il convient de l’étendre au droit d’auteur et plus largement au droit de la propriété intellectuelle, et au droit de la concurrence et aux aspects connexes que sont l'évaluation financière et la négociation d'accords de valorisation de droits de PI. Pour conseiller efficacement nos clients, il est nécessaire d’affirmer clairement le secteur d’intervention des CPI sur les questions pour lesquelles ils sont formés et compétents, et qui ne sont pas dissociables du seul droit des brevets, des marques et des dessins et modèles. C’est un enjeu majeur pour le bureau de la CNCPI.
  • Le deuxième objectif est de répondre au besoin d'un meilleur accès aux compétences en matière de PI, notamment par le tissu de PME en région, par des actions réunissant avocats de proximité et CPI, non pas sur une base illusoire d'interprofessionnalité ou de "coopération renforcée", mais simplement par des partenariats entre professionnels du droit qui se respectent et se complètent. Ces partenariats pour porter dans un premier temps sur l'organisation de journées de sensibilisation des PME et de prestations conjointes d'audits et de conseils stratégiques. Je ne doute pas que les pouvoirs publics et notamment les collectivités territoriales (conseils régionaux, chambres de commerce,...) soutiendront de telles initiatives.

Espérons que nous sera épargné un nouveau round de discussion d'un hypothétique retour vers un projet d'interprofessionnalité et que les CPI se consacrent enfin à des projets plus constructifs. D'un point de vue tactique, le bureau de la CNCPI pourrait avantageusement clore dès à présent le dossier du rapprochement et engager immédiatement des discussions avec la Chancellerie pour obtenir le droit, pour un CPI, de représenter des tiers devant les tribunaux français et communautaires en matière de droit de la propriété intellectuelle. Même si cette possibilité ne serait exploitée qu'occasionnellement, ce serait un signal fort pour les avocats spécialisés en PI et une évolution utile pour réduire le coût des procédures pour les PME et PMI.

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  • Pour les amis alsaciens, un pastiche hilarant...

  • BREDEMA se renforce avec l'arrivée de Benjamin Martin Tardivat

    Pour renforcer l'activité marque de BREDEMA, Benjamin Martin Tardivat rejoint le cabinet après Anne Catherine SCHIHIN. Benjamin concilie une longue expérience du droit des marques et modèles avec une grande curiosité intellectuelle et culturelle. IL s'intéresse particulièrement à la médiation et à l'interaction entre le marketing et la PI. Voir le blog de Benjamin.

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