31 janvier 2008

Contrefaçon de parfum : un nouvel arrêt confirmant qu'un parfum constitue une oeuvre de l'esprit

La Cour d'Appel de Paris, par un arrêt du 14 février 2007, confirmant une décision du TGI de Bobigny, a une nouvelle fois rappelé que la création d'un parfum constitue une oeuvre de l'esprit et qu'en conséquence un parfum est protégé par les dispositions relatives au droit d'auteur. La Cour résiste une fois de plus à l'arrêt de la Cour de Cassation qui avait considéré le contraire, en raison de la technicité de la création d'un parfum. Pour recevoir la copie de l'arrêt...Male

Dans ce nouvel arrêt, le contrefacteur voit la sanction significativement allourdie, et passer de 40.000 euros en première instance à 272.000 euros en appel. Outre la contrefaçon des droits d'auteur portant sur la fragrance, la Cour a retenu la contrefaçon de la marque tridimensionnelle, du modèle de flacon ainsi que la concurrence déloyale et le parasitisme. L'arrêt est fort bien motivé en ce qui concerne la question de la protection des fragrances par le droit d'auteur et leur contrefaçon :

Considérant que la société BEAUTÉ PRESTIGE INTERNATIONAL, qui revendique la protection de la fragrance du parfum LE MALE par le droit d'auteur, ...

Que la société SENTEUR MAZAL oppose que la fragrance d'un parfum, qui procède de la simple mise en œuvre d'un savoir-faire, ne constitue par la forme d'expression pouvant bénéficier de la protection des œuvres de l'esprit par le droit d'auteur ;

Mais considérant, d'une part, que l'article L.112-2 du Code de la propriété intellectuelle ne dresse pas une liste exhaustive des oeuvres éligibles au titre du droit d'auteur et n'exclut pas celles perceptibles par l'odorat ; qu'en outre, aux termes de l'article L.112-1 du même code, sont protégées les droits des auteurs sur toutes les œuvres de l'esprit, quels qu'en soient le genre, la forme d'expression, le mérite ou la destination ;

Considérant, d'autre part, que la fixation de l'œuvre ne constitue pas un critère exigé pour accéder à la protection dès lors que sa forme est perceptible ; qu'une fragrance, dont la composition olfactive est déterminable, remplit cette condition, peu important qu'elle soit différemment perçue, à l'instar des œuvres littéraires, picturales ou musicales qui, elles aussi, requièrent un savoir faire ;

Que l'existence de familles de parfums n'exclut pas que les fragrances qui s'y rattachent, par l'emprunt de leurs composants dominants, soient protégeables, dès lors qu'elles sont le fruit d'une combinaison médite d'essences dans des proportions telles que leurs effluves, par les notes olfactives finales qui s'en dégagent, traduisent l'apport créatif de l'auteur, ce qui est le cas en l'espèce ;

Qu'un parfum est donc susceptible de constituer une œuvre de l'esprit protégeable au titre du livre I du Code de la propriété intellectuelle, dès lors que, portant l'empreinte de la personnalité de son auteur, il est original ;Parfum

Considérant qu'en l'espèce, la société BEAUTÉ PRESTIGE INTERNATIONAL verse aux débats une analyse du parfum "LE MÂLE" effectuée par les laboratoires de la société SHISEIDO fournissant la liste des composants olfactifs de chacune des fragrances revendiquées, lavande, musc, lyrial, vanilline, coumarine ;

Que la société intimée ne produit aux débats aucun élément, voire une analyse une analyse chromatographique, pour démontrer que la fragrance du produit invoqué par la société BEAUTE PRESTIGE INTERNATIONAL serait banale et appartiendrait à l'univers du parfum, sans pouvoir identifier une composition olfactive appropriable ;

Qu'il s'ensuit que la fragrance commercialisée sous la dénomination LE MÂLE identifiable par son architecture olfactive, doit bénéficier de la protection par le droit d'auteur ;

Considérant qu'aux termes de l'analyse par chromatographie en phase gazeuse des eaux de toilette en présence LE MÂLE et INMATE FOR MEN, effectuée par les laboratoires de la société SHISEIDO, qui ont procédé à l'analyse sensorielle et physico-chimique des parfums en présence, 80% des composants se retrouvent dans les deux jus ;

Que Jean-Pol LAUNOIS, directeur général de cette société, atteste que les résultats de cette analyse montrent de très importantes et nombreuses similitudes entre le produit INMATE FOR MEN et l'eau de toilette LE MÂLE et une fragrance très similaire ; qu'il en conclut à un risque notable de confusion pour un client potentiel ;

Qu'il en de même, pour l'analyse chromatographique de l'eau de toilette J.P L'HOMME qui révèle la présence commune de 66% des composants caractéristiques du jus LE MALE, de sorte que Jean-Pol LAUNOIS atteste que la fragrance du produit J.P L'HOMME est similaire à un jus dans les notes de tête et de fond, de sorte qu'il existe un risque notable de confusion pour un client potentiel averti ou non ;

Considérant que le choix de ces composants communs ne saurait être fortuit ;

Considérant par voie de conséquence, qu'en important et en commercialisant ces deux parfums litigieux sur le marché français, la société SENTEUR MAZAL a porté atteinte aux droits d'auteur dont la société BEAUTÉ PRESTIGE INTERNATIONAL est investie sur cette fragrance ;


- dit que la société SENTEUR MAZAL en vendant le produit J.P L'HOMME et le produit INMATE FOR MEN s'est rendue coupable de contrefaçon de droits d'auteur dont la société BEAUTÉ PRESTIGE INTERNATIONAL est titulaire sur le jus de l'eau de toilette Jean-Paul GAULTIER "LE MÂLE",

30 octobre 2007

Protection des parfums par le droit d'auteur : la cour d'arrêt d'Aix fait de la résistance et reconnaît laprotection d'un parfum par le droit d'auteur...

Lancome Alors que plusieurs juridictions européennes avaient admis que la création d'un parfum constitue une oeuvre de l'esprit, protégé par le droit d'auteur, la Cour de Cassation avait rendu le 13 juin 2006 une décision contraire. La Cour de cassation estimait que la fragrance d'un parfum procèderait de la simple mise en oeuvre d'un savoir-faire, et ne pourrait bénéficier de la protection des oeuvres de l'esprit par le droit d'auteur. Le contexte de cette affaire était particulier, et les débats avaient été tronqués.

Dans une affaire opposant la société LANCOME à la société ARGEVILLE, fournisseur d'un jus très proche du parfum TRESOR, la Cour d'Appel d'Aix en Provence a rendu un arrêt le 13 septembre 2007, concluant que la création d'un parfum est protégée par le droit d'auteur. L'appréciation de la ressemblance eParfumntre les deux parfums a été basée sur les analyses mixtes (panel sensoriel, analyse en CPG, recours à un nez), qui objective la comparaison et confère au magistrat les éléments lui permettant de se prononcer sur l'existence d'une contrefaçon. Dans le cas d'espèce, des différences étaient perceptibles, mais la ressemblance dépassait significativement ce qu'il est d'usage de constater entre deux parfums originaux.

Je me réjouis de cet arrêt, limitant l'impact de l'arrêt de la cour de cassation. Probablement, cette question fera l'objet d'un arrêt de cassation après un renvoi devant une chambre mixte qui, j'en suis convaincu, consacrera l'application du droit d'auteur à la création olfactive. (Téléchargement CA_tresor.pdf)

Quelques ouvrages récents, complétant les écrits d'Edmond Roudnitska et du groupe du Colisée :

  • La sagesse du créateur de parfums (Maurice Maurin)
  • Le parfum (Jean-Claude Ellena)
  • L'homme qui entend les parfums (Chandler Bur)

21 juin 2006

La Cour de cassation assimile le créateur de DUNE à un plombier plutôt qu'à un auteur

Coup de tonnerre dans la construction de la jurisprudence sur la protection des créations olfactives. Quelques jours après que la confirmation de la Cour Suprême des Pays-Bas que la création d’un parfum est une œuvre de l’esprit, la Cour de Cassation française a rendu le 13 juin 2006 un arrêt inverse.

Elle considère que les parfumeurs sont des artisans au même titre que les menuisiers, plombiers et autres cuisiniers, et qu'ils se contentent de «la simple mise en oeuvre d'un savoir-faire» dans l'exercice de leur métier. C'est ainsi qu'une ancienne salariée de Haarmann et Reimer, fournisseur de DIOR pour le parfum DUNE dont le lancement a été orchestré par Jean-Philippe DUHAMEL, a été débouté dans sa demande de toucher un rémunération sur les ventes de DUNE. Il ne semble pas que la discussion ait porté sur la qualification d'oeuvre collective de cette création, ce qui correspond probablemSandent à la réalité, compte tenu de l'implication croisée du marketing, de DIOR, de son fournisseur HAARMANN et REIMER et des évaluateurs interagissant fortement avec le "nez".

Cet arrêt consacre malheureusement la prédominance du "parfum industrie" sur le "parfum création".

Cet arrêt surprenant montre une fois de plus la grande confusion qui règne actuellement sur le droit : le design d'une brouette est protégée par le droit d'auteur, alors que le parfum ne le serait pas ! d'auteur en France. Plus grave, il s'agit d'un arrêt de rejet et non pas de renvoi, ce qui risque de clore pour longtemps le débat, alors même que le moyen est des plus contestables : on ne voit pas pourquoi il y aurait contradiction entre l'existence d'un savoir-faire et la qualité d'auteur. Salvador DALI, peintre dont personne ne conteste la qualité d'auteur, était reconnu pour son immense savoir-faire en matière de préparation des toiles. Il en est de même pour tout sculpteur ou musicien. Cet arrêt est incompréhensible et regrettable. 

En photo, une imitation grossière : SAND ("sable", en Allemand, contrefaçon intellectuelle de "DUNE", même pour ceux qui, bien que non germanophones sont habitués à la dune du Pyla !)

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18 juin 2006

Nouvelle décision confirmant la protection des parfums par le droit d'auteur : l'arrêt KECOFA LANCOME de la Cour Suprème des Pays-Bas

La Cour Suprème des Pays-Bas vient de rendre un arrêt confirmant la protection des créations olfactivesTresor
par le droit d'auteur. La Cour rejette l'argumentation de Kecofa, et confirme :

  • qu'un parfum est une oeuvre de l'esprit
  • que la protection porte sur la fragrance émise par le jus, et pas sur le liquide exprimant cette fragrance
  • que l'originalité dans le cas d'espèce avait été démontrée.

Belle décision de principe, donnant raison à la détermination de José Monteiro, responsable des marques de L'OREAL, et au talent de Charles GIELEN du cabinet Nautha Duthil, s'appuyant sur le rapport comparatif préparé par Pierre BREESE avec l'ISIPCA.

Download concl._lancome_kecofa.pdf

28 mai 2006

BELLURE BPI Le Male : nouvel arrêt confirmant qu'un parfum est une oeuvre de l'esprit protégée par le droit d'auteur

L'arrêt du 26 février 2006 consacre une nouvelle fois la protection d'un parfum par le droit d'auteur. Il rappelle :Catsuit

  • que l'absence de cession par Francs Kurkjiar, créateur du parfum, ne constitue pas une cause d'irrecevabilité de l'action de BPI présumée titulaire des droits, en l'absence de revendications du créateur
  • que l'appartenance à une famille de parfums présentant des composants dominants communs n'exclue pas l'originalité d'un parfum présentant une architecture olfactive distinctive traduisant l'apport créatif de l'auteur
  • que les méthodes d'analyse sensorielles et physico-chimique permettent d'établir objectivement l'atteinte aux droits d'auteur.

Le contrefacteur commercialisant CATSUIT FOR MEN est une fois de plus BELLURE, approvisionné par CREATION LAMIS.

30 avril 2006

Kecofa condamné ppur contrefaçon de parfums

KecofaAux Pays-Bas, un contrefaçteur de parfums a été condamné sur le fondement du droit d'auteur. Le juge hollandais s'est appuyé sur l'analyse de la proximité olfactive entre les parfums originaux et les parfums argués de contrefaçon, mettant en évidence que les trois méthodes utilisées convergent toutes vers un même constat : celui que les parfums Kecofa présentent des fragrances anormalement proche des parfums L'OREAL correspondant.

Vente en ligne Kecofa Download Kecofa_loreal_nl.doc  Download KECOFA.doc

25 avril 2006

Films et spectacles olfactifs

Les cartes odorantes pour apporter une dimension olfactive à un film : Exhalia

On est loin de l'odorama de . Lors de la sortie en salle du film Polyester de John Watersen 1981, le cinéaste invitait les spectateurs à gratter des cartes parfumées pour partager les expériences odorantes de son héroïne.

Les diffuseurs d'odeurs

En juillet 2005, pour la première de Charlie et la chocolaterie, le tout Hollywood pouvait visionner le film de Tim Burton en humant une bonne odeur de chocolat. La logistique avait été confiée à ScentAir, une société américaine chargée d'installer des émetteurs d'effluves dans les entreprises ou les magasins.

En 2006, les Japonais ont la possibilité de visionner le dernier film de Terrence Malick, Le Nouveau Monde en version olfactive. Au fil des scènes, des senteurs sont diffusées dans des salles spécialement équipées. Des effluves de roses accompagnent une scène d'amour, tandis qu'une fragrance de menthe est dispersée lors d'une séquence triste.

Exhalia

11 février 2006

BELLURE et la contrefacon de parfum : comment comparer deux fragrances ?

Chromato4Il est aujourd'hui admis que la création d'un parfum constitue une "oeuvre de l'esprit". Le parfum est donc protégé par les dispositions du droit d'auteur, au même titre qu'une sculpture, qu'une photographie ou qu'une oeuvre musicale.
Encore faut-il apprécier objectivement si un parfum argué de contrefaçon imite le parfum original au point d'enfreindre les droits d'auteur et de constituer une contrefaçon.

Les développements récents ont apporté une solution retenue par les tribunaux français, hollandais et belges. La comparaison est fondé sur l'utilisation de différentes analyses (cpg pour vérifier combien de composés olfactives du parfum original se retrouvent dans le parfum argué de contrefaçon, test sensoriel par panel pour vérifier combien de consommateurs confondent les deux parfums, appréciation par un "nez"). La convergence de l'enseignement de ces différentes analyses conduit à une vérité objective et permet au magistrat d'apprécier s'il y a contrefaçon, création originale ou copie médiocre.
Elle permet aussi aux créateurs de parfums de vérifier s'il ne se rapprochent pas de manière condamnable des droits portant sur un parfum existant.

Download ParfumBREESE.pdf



29 janvier 2006

La cour d'appel confirme que le parfum est protégé par le droit d'auteur (BELLURE L'OREAL)

Fragrance

Le 25 janvier 2006, la cour d'appel de Paris a rendu une importante décision confirmant qu'un parfum constitue une oeuvre de l'esprit et que la copie de la fragrance constitue une atteinte aux droits d'auteur.
Cet arrêt a également reconnu le caractère original des parfums en cause, et s'est appuyé sur la méthodologie de comparaison des fragrances pour apprécier s'il y a contrefaçon.
Cette méthodologie est basée sur la convergence de l'enseignement de trois approches distinctes :

  • l'analyse pas CPG et la comparaison des composants principaux
  • le test par un pannel sensoriel
  • les avis d'un évaluateur.

Voir le texte de l'arrêt :Download CA_BELLURE.pdf

06 janvier 2006

Protection des créations sensorielles et le statut des compositeurs de parfums

Le débat sur la possibilité de protéger les créations sensorielles par le biais du droit de la propriété intellectuelle et sur les difficultés d'application des législations existantes aux contrefaçons est passionnant intellectuellement. Il est également lourd de conséquence.

Parfum-Création / Parfum-industrie
Depuis les années 60 s'affrontent une logique de "parfum-création" et une logique de "parfum-industrie". En l'absence de droit applicable à la création en matière de parfum, il est inévitable que la logique du "parfum-industrie" l'emporte sur la logique du "parfum-création". On peut le regretter, mais c'est une tendance économique naturelle.
En apportant les outils juridiques qui permettent de renforcer la protection de la création olfactive, on déplace sensiblement le rapport de force entre ces deux  logiques, ou plus précisément on concilie les deux logiques. En effet, permettant une appropriation (par le biais de la propriété intellectuelle) des créations olfactive, on apporte non seulement un soutien aux compositeurs de parfums, mais en renforce également, paradoxalement, les acteurs du "parfum-industrie". L'appropriation des créations se traduit par la constitution d'actifs immatériels valorisables au bilan des maisons de parfumeries. On conforte la pérennité des investissements consacrés à la création d'un nouveau parfum en empêchant l'apparition de "contrefaçon", ou en tous cas en proposant les moyens juridiques permettant de lutter contre la contrefaçon, moyens aujourd'hui inexistants.
Par contre, il est probable que les rapports entre les compositeurs de parfums et les maisons de parfumerie va devoir évoluer, que les compositeurs soient salariés ou indépendants. En effet, l'application des règles du droit d'auteur n'est pas sans incidences sur l'organisation des relations commerciales.

Download PierreBREESE_1995.pdf

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Offre d'emploi

  • Pour les amis alsaciens, un pastiche hilarant...

  • BREDEMA se renforce avec l'arrivée de Benjamin Martin Tardivat

    Pour renforcer l'activité marque de BREDEMA, Benjamin Martin Tardivat rejoint le cabinet après Anne Catherine SCHIHIN. Benjamin concilie une longue expérience du droit des marques et modèles avec une grande curiosité intellectuelle et culturelle. IL s'intéresse particulièrement à la médiation et à l'interaction entre le marketing et la PI. Voir le blog de Benjamin.

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